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Quelques jours plus tard, je reçus un appel plein d’insulte de la femme de Gonzague: « Tu savais que je te considérais comme la fille que je n’avais jamais eue et maintenant, tu veux me piquer mon mari. Iyo ngeso y’abakobwa b’i Bujumbura mushaka ivy’abandi aho kurondera rwanyu. Garce! Salope! Je vais te tuer si tu t’approches encore de mon mari. Ne t’avise pas à venir à notre fête d’anniversaire. Je vais le dire à tes parents ». Elle raccrocha avant que j’eus le temps de m’expliquer. Après suivit l’appel de son fils avec lequel j’étais sortie: « Alors, il paraît que tu veux te faire mon père? Tu veux briser le couple de mes parents? De toutes les façons, je sais que tu as toujours eu un béguin pour mon père. Toutes mes copines l’ont eu. Ah, qu’il est si beau ton père!! Je te pensais différente mais en fait, tu es comme toutes les autres garces, jalouses du bonheur de mes parents. » Il raccrocha aussi avant que j’eus le temps de dire quelque chose. Tout au long de la semaine, les appels se sont succédé. Celui de ma mère dégoûtée par mon comportement, ceux de mes tantes horrifiées par mon attitude, ceux de mes amis choqués par mon silence. La rumeur gonflait et montait. J’avais fait des avances à l’ami d’enfance de mon père. Je m’étais offerte. J’étais enceinte. J’étais comme les autres qui poursuivaient les hommes riches en quête d’un peu de paradis. D’ailleurs, j’étais dépravée puisque j’habitais toute seule au lieu d’être chez mes parents. Gonzague m’avait écrit: « Je gagne toujours. Tu n’es qu’une petite fille pourrie gâtée qui ne comprend rien à la vie. »

J’éteignis mon téléphone et changeai de numéro. J’eus enfin droit à la paix. Le reste, je le sus par la mère d’Ella quand elle m’appela pour me dire qu’Ella était malade et était hospitalisée au CNPK. Finalement, il n’y avait pas eu de mariage. Ella avait accouché et Gonzague/Marc était venu la voir avec beaucoup de cadeaux. Après, il avait commencé à espacer ses visites. Il payait tout mais ne venait plus la voir. Elle passait ses journées à l’attendre, inquiète qu’il ne prenne pas de nouvelles de leur petite fille. Elle ne sortait plus, ne voyait plus le peu d’amies qui lui restait; elle vivait au rythme de ses appels et messages qui se raréfiaient. Je comprenais, à cette époque-là, la famille de Gonzague/Marc était au Burundi. Après un mois sans le voir, Ella avait enfin accepté d’aller à la plage avec une de ses amies et là, elle était tombée sur lui avec femme et enfants. Il a fait comme s’il ne la connaissait pas.

Ella a passé des jours à essayer d’appeler Gonzague/Marc mais son téléphone était éteint. Elle ne le trouvait plus dans la maison où il disait qu’il habitait. Elle l’a cherché jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il était parti en Belgique. Ensuite, elle pleurait seulement, ne parlait plus et ne voulait même plus toucher son bébé. Elle ne sortait plus de son lit et ne mangeait plus. Sa mère a essayé la prière mais rien ne changeait. La santé d’Ella continuait à se détériorer puis un matin, elle s’est réveillé et a commencé à parler tout le temps, à vouloir tout casser, à se cogner la tête contre les murs, à s’arracher les cheveux et sa mère l’a amené à l’hôpital.

La visite est terminée. Ella est avec ses amis. Ils sont absorbés par leurs jeux. Je vais lui dire au revoir mais elle s’éloigne, peureuse. Le temps de la lucidité est fini. Elle est retournée dans son monde. Sa mère me suit avec le bébé. Elle soupire encore et encore et répète: « J’aurais dû la protéger, j’aurais dû être plus sévère. »

Après cette visite et moult conciliabules, la femme de Gonzague/Marc a accepté de me voir. Je lui ai tout dit et elle m’a répondu: « Je le connais. Il a toujours été comme cela. Attiré par une fleur plus fraîche et plus belle. Par contre, c’est la première fois qu’il fait un enfant. Ne me regarde pas comme ça. Chaque couple a ses secrets. Au Burundi, seule l’apparence compte. Tu souffres, tu souris et tu te tais pourvu qu’il reste. J’ai arrêté d’y penser et de me faire mal. Il est ce qu’il est. De toutes les façons, on se marie pour le meilleur et pour le pire. Je vais aider cette fille et son bébé. Après tout, elle n’a pas à endosser les torts seule. Tu ne dois jamais rien dire à mes fils. Leur père doit rester pour eux un mari aimant et un père merveilleux. »

Fin.

(Source de l’image: pinterest.com)