La région des grands-lacs a toujours été un carrefour d’échanges et un lieu de rencontres de peuplements anciens. Véritable zone de transit migratoire, cette région a accueilli plusieurs groupes issus de quatre grandes familles linguistiques: central soudanique, couchitique, nilotique et bantou[i]. Émerveillés par la présence de riches pâturages dans le mythique Mugamba et les sols particulièrement fertiles du Kirimiro, ces groupes s’y établissent, façonnent ces territoires qu’ils défendent farouchement et y impriment leur marque.

Les découvertes archéologiques faites en 1972 par le Père Declercq à Mubuga attestent la présence dans cette région d’un foyer culturel avancé dès 1210 avant Jésus-Christ[ii]. Ces populations appelées Barengwe se spécialisent dans la métallurgie, la poterie et l’agriculture. Ils font partie d’un ensemble beaucoup plus grand, un empire, celui des Batembuzi, couvrant les territoires du Burundi, Buha, Rwanda et Bushi. Descendant de Rurenge, la dynastie Barengwe règne sur le Burundi et le Rwanda.

Désorganisé par les attaques répétées des clans voisins et l’invasion massive des Bacwezi venus du Bunyoro, le vieil empire Batembuzi s’essouffle. Le royaume des Barengwe au Burundi, sous le règne de Ntwero, est morcelé en deux principautés: le Mugamba revenant à Jabwe et le Bututsi au deuxième frère Nsoro. Vers le milieu du XVe siècle, un conflit éclate entre les deux héritiers provoquant la mort subite de Nsoro à Ryansoro près de Gitega.

Profitant de ce désordre, Ruhinda, mucwezi et souverain du Buha du Sud, lance une offensive contre le royaume de Jabwe. Accablé par les redoutables archers Bacwezi conduits par le mujiji Mitimigamba wa Horandazi, Jabwe cède et s’enfuit vers la Kibira. Après la défaite de Jabwe, Ruhinda soumet les contrées nordiques dont le Bweru, une principauté du Bushubi, gouverné par Fumbije.

Fier de ses nouvelles possessions, Ruhinda proclame, à Nkoma, son fils, Rushatsi, Ntare y’iburundi Cambarantama Semugazashamba, une titulature propre aux souverains Bacwezi. Les traditions orales suggèrent qu’à ce moment, il aurait abattu le taureau sacré, ingabe, et étendu sa peau sur une termitière abritant le fameux python inkoma Bihiribigonzi; celui-ci, de sa tête, frappa la peau de l’ingabe et inaugura le tambour Karyenda comme symbole du pouvoir du Royaume du Burundi.

En l’an 1450, le territoire de Ntare Ier Cambarantama couvre 5 régions soit le Mugamba, le Bututsi, le Buyenzi et le Bweru ainsi qu’une partie occidentale du Kirimiro. Ce nouveau territoire est limitrophe du Bujiji à l’ouest qui s’étend, à l’époque, sur toute la région de l’Imbo; le Buha du Sud au sud; le Buha du Nord à l’est ; le Bushubi et le Bugesera au nord.

N.B : Ceci est un résumé critique des écrits de J.P. Chrétien et de C. Baranyanka.
[i] CHRÉTIEN, J.P., L’invention de l’Afrique des Grands lacs : une histoire du XXe siècle, Karthala, Paris, 2010.
[ii] BARANYAKA, C., Le Burundi : Face à la croix et à la bannière, Éditions Medru, Belgique, 2005.

Par Joe-Christ Ndorere

(Source de l’image: guidetouristique-clubkaribu.over-blog.com)