Les croquemorts ressentent-ils la douleur de leurs «clients» alors que plus les gens meurent, plus ils gagnent? Réflexion.
On a tous perdu un proche. La tristesse, les pleurs, les cris, le chagrin, l’incertitude, le désespoir,… Cela est le commun des comportements et attitudes des familles face à pareilles dures épreuves. Mais alors, ne serait-il pas légitime de se demander ce que ressentent les gestionnaires des maisons funèbres quand nous leur partageons notre peine?
Le service funèbre, en plus d’accompagner un mort vers sa dernière demeure, revêt un caractère entrepreneurial, qui pourrait être florissant à Bujumbura. Certes il y a concurrence avec les fosses communes et les rivières qui nous prennent les nôtres, mais ça reste un business qui ne manque quasi jamais de clients. Il tire par ailleurs profit des moments de crise et de catastrophes. Contrairement à d’autres services où les clients viennent en souriant, les entrepreneurs spécialisés dans les services funèbres côtoient chaque jour des clients aux visages envahis de larmes.

Dans son mémoire, un ancien étudiant de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à l’Université du Burundi constate: «Le comportement des gestionnaires des services funèbres est tout à fait différent de celui des membres de la famille du défunt. En effet, sur le visage de ce personnel, en présence du client rempli de douleur, apparaît une douleur artificielle doublée d’une gaieté d’amasser des fonds pendant que le client est totalement chagriné et désorienté». Peut-on malgré tout éprouver de l’empathie quand on pratique ce genre de business? Ou faut-il un détachement émotionnel? D’ailleurs, y-a-t-il plus cruel qu’oser appeler «client» celui qui vient de perdre son enfant, sa mère ou son mari?

Nous visitons ces « entreprises de la mort » le cœur brisé et nous rentrons ensuite avec une facture dans la poche qui ne nous laisse pas indifférents… Il est de ce fait difficile de les considérer comme des humains, des gens qui rendent service à la communauté. Nous les prenons plutôt, à tort, pour des profiteurs, des récupérateurs d’une funeste désolation, sans toutefois être sûr que sans eux on s’en sortirait, vu le caractère grandiose que prennent parfois certaines funérailles.

Par Yannick Ndayisaba

(Source de l’image: mémoire online)