Je m’appelle Mélanie. Je suis née dans les années 1980. Je suis Africaine, je suis Burundaise. Je n’ai pas connu la colonisation et je n’ai pas eu d’enseignants Européens à l’école. J’ai évolué dans un milieu majoritairement Burundais. Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré des gens d’autres pays africains, de pays asiatiques ou de pays européens. J’ai embrassé les différences et les diversités de chaque culture. Aujourd’hui, je pose un regard ouvert sur le monde.

Comme la plupart de mes compatriotes, je porte un prénom occidental. Mes parents portent un prénom occidental. Mes grands-parents portent un prénom occidental. J’ai grandi en pensant qu’avoir un prénom occidental devait être la norme. Mais à l’école j’avais une amie qui portait un prénom kirundi et beaucoup de gens lui demandaient quand-même si elle n’avait pas de prénom. J’ai compris par la suite qu’elle portait un prénom Kirundi parce qu’elle n’était pas obligée de porter un prénom occidental. Elle n’était pas catholique.

Plus tard, j’ai rencontré des gens d’autres cultures africaines, asiatiques et européennes de l’Est qui ne portaient pas de prénom occidental et pour qui c’était tout à fait normal.
Encore un peu plus tard, j’ai appris que l’Eglise catholique n’autorisait que des prénoms occidentaux parce que tous les autres étaient des noms « païens ». Pour être plus précis, elle n’autorisait que des noms de Saints comme prénoms. Des Saints qui étaient tous européens.

Si on observe un peu l’Histoire du monde, on constatera que l’être humain est d’abord apparu sur la Terre avant les langues humaines. Les sociétés sont apparues après les langues et avec les sociétés sont apparues les dénominations individuelles. Le christianisme quant à lui est apparu des millénaires plus tard. Pour faire court, les prénoms sont apparus avant le christianisme, qui lui est apparu avant les Saints. Toutes les sociétés du monde, y compris les sociétés occidentales, ont d’abord été païennes avant de devenir monothéistes (pour la plupart). Le catholicisme a donc trouvé les cultures dans leurs croyances ancestrales et les gens dans leurs prénoms ancestraux avant qu’ils ne se convertissent.

Or avec rétrospection, on constate que seuls les Africains et Asiatiques catholiques sont obligés de changer leurs prénoms ancestraux pour adopter des prénoms soi-disant chrétiens (terme très superflu à mon goût). En réalité, ce sont des prénoms tout simplement européens, alors que les Occidentaux, lorsqu’ils se sont convertis au catholicisme, n’ont jamais eu à abandonner leurs prénoms ancestraux « païens ».

Aujourd’hui en Afrique, on entend encore des prêtres dire à des parents que non, ils ne peuvent pas donner des prénoms africains à leurs enfants parce que ce sont des noms « païens ».  En temps qu’individu, je considère qu’on devrait donner à nos enfants les prénoms qui leur conviennent, peu importe l’origine du prénom, aussi longtemps qu’il ne nuit pas à l’intégrité de l’enfant. Car ce n’est pas le prénom qui fait la religion, mais le cœur et l’esprit.
Et qui sait, si le monde n’était pas si occidento-centré (considérant que tout ce qui fait référence à l’Occident est « civilisé » et « correct », mais que tout ce qui est d’ailleurs et plus particulièrement de l’Afrique est « impur », « diabolique » ou « non-réfléchi »), peut-être que mon enfant que j’aurais appelé Murika (qui veut dire « éclaire ») deviendrait un jour Saint Murika.

Oui, pourquoi les Saints devraient-ils tous être des gens avec des prénoms européens (prénoms qui eux-mêmes étaient à l’origine des prénoms « païens ») ? Et en tant que personne plus ou moins ouverte sur le monde, l’idée ne me viendrait pas l’esprit d’imposer à un enfant européen le prénom Murika si son parent ne le choisissait pas de lui-même…

Par Mélanie Murundikazi

(Source de l’image: montsiongikungu.over-blog.com)