Extrait du blog: Trois visages, une histoire

Ils sont unanimes. L’histoire du Burundi leur échappe. Ils se contentent donc de retenir ce que le vent veut bien leur apporter. Un peu du vrai, un peu du subjectif, beaucoup de non-dits. Ils, ce sont deux jeunes burundais qui nous ont parlé à cœurs ouverts, mais ont préféré rester sous anonymats. Ils, ce sont deux jeunes qui voudraient bien réécrire l’histoire de notre pays, si possibilité il y avait. Ce sont deux voix qui nous ont fait accéder à leurs pensées sur un sujet qui jusque-là demeure sensible.

Pour l’un, ne pas tout savoir sur l’histoire du Burundi, surtout lorsqu’il s’agit de la question ethnique, est  un choix personnel: «Cela m’évite d’être influencé d’une façon ou d’une autre.» Ceci a longtemps été la barrière entre cet autre jeune et la vraie histoire, «jusqu’à ce que l’âge de la curiosité me pousse à creuser en profondeur,» confie-t-il. Depuis, il ne rate aucune occasion pour interpeler ces jeunes compatriotes sur l’urgence de connaître et maîtriser le passé, pour mieux se situer dans le présent tout en se projetant dans l’avenir.

L’histoire du Burundi, c’est aussi celle qui a vu naître des tensions ethniques. Elle les a vues émerger dans les cœurs, les familles, les burundais. Puis leurs racines grandissant, ces « différences » ont causé beaucoup de torts, quitte à devenir un sujet tabou. Un sujet du type « côtoie-les mais rien de plus ». Une expression devenue depuis la phrase-fétiche, la formule magique de bon nombre de parents. Car si la jeunesse d’aujourd’hui semble vouloir se dévêtir de cette voile longtemps imposée par les ancêtres,  les parents, la réalité reste ce qu’elle est.

Un de nos confidents, hutu, aura été secoué par sa triste expérience. Des anciens collègues de classe, tutsis, s’étant amusés à déchirer et à voler ses cahiers. Leur seul motif: l’ethnie différente de la leur. «Mais dans un futur proche, la génération qui y sera aura dépassé ce concept, » espère la victime. Son optimisme n’est pourtant pas partagé par notre autre intervenant: « Je trouve que c’est une question dont tous les burundais se sont vivement imprégnés. Difficile de percevoir un Burundi sans ce ‘virus’.»

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Source de la photo: lemonde.fr