Ornella est mon amie d’enfance. Avec elle, j’ai partagé la vie sous ses différentes couleurs.
Moments d’encouragements lorsque l’une de nous n’avait pas la force de continuer, lorsque tout était fade… Moments de rire aussi. Un fou rire quand on se rappelait combien la vie est si belle, quand l’une de nous avait fait un exploit.
Ma voisine depuis l’âge de 5 ans, on allait à la même école. Je me souviens avoir essuyé ses larmes plus d’une fois, je me souviens comme si c’était hier de cette larme due à un échec scolaire.

Elle n’est plus près de moi. Elle est partie pour poursuivre ses études universitaires en Ouganda, dans une faculté d’Industrial Art and Design.
Un soir, nous étions entrain de nous parler au téléphone lorsqu’elle me rappela sa petite histoire, l’histoire de sa vie :

« Quand nous étions encore à la Maternelle, j’étais une toute petite fille innocente, toujours heureuse à l’idée d’aller à l’école. Moi et ma jumelle, nous nous précipitions toujours chaque matin pour réveiller notre gouvernante et nos parents.

Nous étions impatientes d’aller retrouver nos amis de la maternelle SOS pour jouer avec eux, apprendre des jeux, et apprendre à compter.

Trois ans se sont écoulés trop vite. A l’école primaire, je commençais à découvrir le côté sérieux de la vie. J’avais désormais droit à un coup de fouet quand je n’avais pas fait mes devoirs, ou quand je n’avais pas réussi à une interrogation. Arrivée en troisième année, j’ai échoué et j’ai du reprendre l’année. Je n’y croyais pas ! Mes amies allaient avancer de classe et je n’allais plus être avec elles ! Je me souviens avoir beaucoup pleuré, tellement j’avais une si grande peine dans mon cœur. Mais,… Je ne savais pas encore que j’allais pleurer encore dans le futur pour la même cause ! Plusieurs échecs m’attendaient.
Déjà en 3ème primaire, j’avais remarqué une sorte d’injustice des enseignants envers moi et envers d’autres élèves qui n’étaient pas aussi brillants qu’ils le voulaient ou qu’ils devaient être.
Je me sentais frustrée… J’avais du mal à me réveiller pour aller à l’école. L’enthousiasme qui réveillait la petite fille innocente pour aller à l’école avait disparu petit à petit.

Je continuais d’aller à l’école, mais sans aucune envie d’y aller.
Le pire s’est produit à l’école secondaire. Au Lycée SOS, j’ai repris la 9ème et la 10ème année. En 9ème, je me souviens d’un de mes professeurs entrain de me dire : « Si tu t’es vue avancer de classe en 8ème, ne pense pas que cela doit être nécessairement le cas cette année. » En fait, j’avais eu un échec dans son cours en 8ème. Je compris par après que ces rudes paroles étaient prononcées parce que j’avais plaidé pour un camarade de classe accusé par mon cher professeur d’une faute qu’il n’avait pas commise. C’est une blessure de plus qu’il inculquait en moi. Une injustice envers les élèves qui ne sont pas brillants.

En 10ème, je dû quitter le Lycée SOS pour l’école St Michel Archange.

Un jour mes parents m’ont dit : « Ornella, ce n’est pas donné à tout le monde de briller en classe. Nous te comprenons. Mais tu peux faire une autre filière qui te permettra de réussir… Par exemple, le Paramédical. » J’ai pleuré amèrement sous leurs yeux. J’avais déjà intériorisé que j’étais bête, mais l’entendre de la bouche de mes parents ce soir là m’attrista encore plus. Pourtant ils pensaient bien faire. Je ne suis pas entrain d’insinuer ici que le Paramédical est pour les élèves qui ne sont pas intelligents, mais à cette époque entendre de telles paroles de la bouche de mes parents était comme une insulte pour moi.
Mais je continuai de me battre malgré tout ! Malgré toutes ces blessures, malgré les échecs. En 1ère, je suis parvenue à avoir mon diplôme des Humanités générales, mais après avoir repris l’année. En somme, j’ai échoué 3 fois à l’école secondaire et une fois à l’école primaire. Mais j’ai remercié Dieu d’avoir enfin pu terminer les Humanités générales !

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Ma famille m’a toujours dit : « Ornella tu peux aller loin dans ta vie. Il suffit juste que tu aies confiance en toi ! »

Malgré tous ces échecs, il y avait une passion en moi que je chérissais de tout mon cœur : la mode. Même ma mère me demande toujours si elle porte ce qu’il faut, comme il faut ; si les couleurs sont justement agencées. Je savais donc ce que je voulais faire à l’Université : le Fashion Design !
Mes parents ont fini par me soutenir bien qu’au début ils ne me comprenaient pas. En même temps, je me disais que les gens allaient se dire : « Elle n’a jamais été brillante de toutes les façons. C’est tout ce qu’elle peut faire comme faculté. »
Mais aucune Université n’enseigne le « fashion design » au Burundi, alors il fallait que je choisisse une faculté qui colle un tout petit peu avec mes passions, et une faculté qui semble « normale ». Ce fût la psychologie. Je me suis donc inscrite en psychologie à l’Université Lumière de Bujumbura.

Mais tu sais quoi ? J’en avais marre d’aller à l’école par obligation ! Depuis toute petite jusqu’à quand ? J’en avais vraiment marre ! J’ai donc décidé d’abandonner et de commencer les démarches pour chercher une école de Fashion Design. Je l’ai annoncé à mes parents qui ont fini par me laisser faire.

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Aujourd’hui donc, j’étudie The Industrial of Art and Design qui comprend 5 cours : le Fashion Design, Texture and Fabric Design, Graphic Design, et Decorative Painting and Drawing. J’ai retrouvé l’enthousiasme de la petite fille d’aller à l’école ! Il m’arrive de rester à l’Université jusqu’à tard dans la nuit pour m’exercer dans certains cours comme le Decorative Painting ! Et j’ai de la passion dans ce que je fais et j’ai des projets dans le futur liés à ça, pour contribuer au développement de mon pays ! (…) »

J’étais bouche bée quand elle eût fini de me rappeler son Histoire. Histoire que je connaissais pourtant. Je venais de me rendre compte combien ça faisait du bien de faire ce que l’on aime dans la vie, de vivre sa passion !

Par Darlène Keza qui vit à Bujumbura.

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