Et si on parlait beauté…

Tout d’abord, dans ce vaste champ, il faut considérer qu’en termes de bien-être et santé, tous les types de femmes sont à la même enseigne. Si on considère que nombreuses d’entre nous achetons nos produits en supermarchés, en parapharmacies, en parfumeries, ou carrément à des vendeurs ambulants; nous ne sommes pas à l’abri d’une pollution capillaire ou corporelle.

Cette cosmétique traditionnelle qui en apparence répond à nos attentes, il n’empêche qu’on ne peut pas avoir une traçabilité complète du produit. La liste des ingrédients chimiques fait qu’on ne sait pas forcément ce que l’on met sur sa peau ou dans ses cheveux… quand on a pris le temps de la lire, voire la comprendre.

Un mouvement créé en 2012 tente de dénoncer les dérives de cette cosmétique traditionnelle.

Selon le fondateur, Julien Kaibeck “la garantie de la slow cosmétique est d’avoir des cosmétiques qui ne contiennent pas de plastique, pas de pétrochimie, pas d’ingrédients polémiques pour l’environnement ni pour la santé. En consommant ce genre de cosmétique, vous utilisez des ingrédients nobles pour la peau.” Simple d’utilisation et adaptable à souhait en plus d’être financièrement accessible , elle a conquis beaucoup d’adeptes à travers le monde.

En ce qui concerne les peaux et cheveux noirs, le défi de trouver des produits adaptés reste aussi grand en dépit de quelques révolutions et évolutions. La question de la beauté des personnes noires est complexe tant par l’aspect financier, dermatologique ou médical, et moral.

Dans le maquillage, si certaines marques offrent des produits plutôt adaptés dans leur finition, ces produits restent inaccessibles et potentiellement dangereux. Et pour cause, il est difficile pour une personne noire de trouver un fond de teint à moins de 35€. Si elle en trouve un, on retombe dans la composition trouble de ce produit.
Quant aux gammes de soins capillaires et corporelles proposées, il apparaît que la parapharmacie reste plus rassurante malgré des prix tout aussi faramineux.

Du point de vue dermatologique intrinsèquement lié à la dimension morale, à mon sens, beaucoup reste à faire.
On pourrait croire qu’en 2016, les problématiques de blanchiment de peau et de défrisage sont résolus. Que nenni!!! Et il serait erroné d’expliquer ces phénomènes par une unique entrée. Le fait est qu’en dépit  des aires géographiques, les manifestations de ces troubles  restent identiques. La conclusion est que les causes peuvent êtres liées et qu’elles sont inscrites dans le temps et dans les habitus depuis longtemps. Sinon, comment expliquer cet engouement pour le cheveu lisse, réputé facile à manier, ou que le cheveu naturel est un signe de pauvreté. Le sujet n’est pas d’alimenter la petite gueguerre entre les défrisées et les nappy; il s’agit plutôt de donner des outils afin que les concernées puissent faire un choix éclairé. Surtout que moi-même, j’ai eu ma période du défrisage, une fois par an.

On observe  qu’en Afrique, bien que certains dirigeants se soient réveillés et pris des mesures contre le fléau du blanchiment de la peau, d’autres pays emboîtent le pas aux gênants de la cosmétique traditionnelle. Ce qui suppose que les produits cosmétiques proposés ne sont pas contrôlés dès leur entrée sur le territoire jusqu’à leur vente. Contrairement à ses voisins, le Ghana et la Gambie qui ont banni ces produits douteux, des pays comment le Nigéria se sont engouffrés dans la brèche cosmétique, à base d’huile minérale.

Autrement dit, des produits de beauté à base pétrole. Logique quand on sait que c’est le premier pays africain exportateur de pétrole.

De même, le pétrole est préférée par de nombreuses marques de cosmétiques conventionnels parce qu’il est très bon marché, incolore, inodore. C’est ainsi que vous verrez que dans la liste des ingrédients d’un produit lambda, ces mots “paraffinum liquidum” ou “petrolatum liquidum”. Notamment dans les produits pour cheveux défrisés ou naturels.
Du point de vue économique, les marques rivalisent d’ingéniosité pour proposer des produits soi-disant pour les personnes noires, sans toutefois s’assurer de leurs bienfaits, tant l’intérêt financier prime.

En effet, les prévisions dans le domaine sont optimistes si on en croit cet article du géant en cosmétique l’Oréal : Au cours des deux prochaines années, le secteur des cosmétiques devrait connaître une croissance certaine en Afrique subsaharienne. Évalué à 6,93 Md€ en 2012, le marché africain du soin et de la beauté progresse d’environ 8% à 10% par an, contre à peine 4% pour l’ensemble du marché mondial. Il devrait atteindre les 10 Md€ en 2017 lorsque la population totale du continent, dont la croissance est la plus rapide du monde, atteindra 1,2 milliard d’habitants [1].”

Tout cet intérêt dont le continent africain fait l’objet, ou devrais-je dire, le Nigeria et l’Afrique Sud, qualifiés de pays développés, ne doit pas nous faire oublier que l’Afrique avait déja développé depuis des millénaires sa slow propre cosmétique. Autrement dit, nous n’avons pas attendu 2012, au même titre que l’Occident avec “ses recettes de beauté de grands-mères” pour bien prendre soin de nos peaux et cheveux.

Revenons au Burundi.

Très tôt, j’ai eu une peau à problèmes. Mais je me rappelle aussi que ma situation a empiré quand j’ai voulu goûter moi aussi, à cet air de la modernité. Désormais, je voulais ma crème importée alors que ma mère avait pour habitude de me mettre “ikambiri”. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est de l’huile de palme qu’on fait revenir à feu doux et qu’on parfume avec des plantes parfumées. Ma mère ajoutait du parfum. Une recette qu’elle tenait de sa propre mère.

En 2012, j’ai découvert le fameux “amavuta y’inka”, spécialement conçu pour la peau, donc sans aucune odeur. Imaginez ma surprise en découvrant que c’est un produit que les éthiopiennes utilisent pour leurs cheveux. On l’appelle le “ghee” ou beurre clarifié.

Voir le centre ville rempli de crèmes éclaircissantes, des imitations de la célèbre marque MAC et autres produits capillaires toxiques car remplis d’huiles minérales, fût une épreuve. Pire, quand on se déplace vers les galeries, appréciées par une clientèle plus huppée, on constate des gammes importés, topicrem, dove, nivea. Ce qui n’est pas mauvais en soi, sauf que cela invisible la pharmacopée africaine. La même qui est plus en osmose avec nos besoins dans ce type d’environnement de vie.

Que fait-on de notre santé? Comment peut-on vendre une gamme qui valorise l’éclaircissement de la peau dans une pharmacie (marque château Rouge)? Même si c’est supposé être sans danger? Le simple fait de véhiculer ce genre d’idées démontre de notre manque de confiance en nos apparences.  Sans oublier que le blanchiment de la peau fait des ravages sanitaires actuelles et futures.

Comme tant d’autres, j’ai succombé à cette vague des produits importés, il fut un temps. Toutefois, ma peau et mes cheveux m’ont vite rappelé leurs préférences. Cet engouement pour ce genre de cosmétiques est une croyance intériorisée qui veut que l’on pense, à tort, qu’un produit étiqueté et de surcroît de marque aura plus d’effet qu’un soin fait maison ou produit localement.

Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de laboratoires que nous sommes dépourvus de connaissances dans le domaine. D’autant plus que notre nature luxuriante prouve le contraire, à qui veut bien voir. L’aloe vera, les huiles végétales et les beurres végétaux ne sont pas des denrées rares.

Plus spécifiquement, les peaux et cheveux noirs ressentent ce décalage.

Si on considère que dans un climat humide et chaud, nos peaux ne tiraillent pas et qu’elles sont épargnées de cette grise mine après la douche, il y a de quoi s’interroger. Non plus, nos cuirs chevelus ne grattent pas qu’au contact du froid glacial ou d’une eau calcaire. Ce n’est pas une question de cheveu naturel contre le cheveu défrisé, c’est une question d’écoute de ses besoins. Personnellement, même quand je défrisais régulièrement pendant dix ans, j’avais recours systématiquement à des techniques spécifiques naturelles à mon cheveu comme le bain d’huile.

Des astuces que nous connaissons toutes, mais qui se perdent parce que nous n’avons pas le temps de nouer un foulard en soie avant de dormir, nous ne mettons pas d’huile végétale ou beurre dans nos cheveux, parce que nous sommes attirées irrémédiablement, par ce produit venu d’ailleurs.

Ce même ailleurs qui sait si bien s’installer et occuper l’espace de sorte que nous nous battons pour avoir leurs produits. Ces mêmes gammes qui, en Occident, créent ce qu’ils nomment “des produits ethniques” qui nous sont destinés, avec les mêmes ingrédients néfastes avec parfois des extraits de nos propres matériaux locaux : le beurre de karité est le plus célèbre.

A quoi ça rime d’acheter un pot de crème qui ne contient qu’un faible pourcentage du beurre de karité alors qu’on peut l’avoir directement et plus sain?

Il est grand temps de s’intéresser à ce patrimoine cosmétique, ne serait-ce que pour créer des emplois. Sinon, nous lirons ce genre de choses progressivement dans toute l’Afrique. Notre pays ne sera pas non plus épargné :

“Par ailleurs, L’Oréal a créé le premier institut de coiffure en Afrique du Sud « The L’Oréal Professional African Salon Institute » qui allie connaissances de pointe couplées aux dernières tendances mondiales et qui a plus d’un siècle d’expérience sur le marché local. L’Institut propose des formations en stylisme et soins professionnels dédiés aux cheveux multi-ethniques, étendant ainsi son offre à une nouvelle clientèle. L’Institut contribue aussi à la création d’emplois pour des talents locaux dans le métier de la coiffure en répondant à une pénurie de stylistes formés au soin professionnel ethnique. Ces étudiants sont formés également à la gestion d’entreprise, afin de leur permettre d’établir leur propre business à la fin de leur apprentissage[2].”

A bien des égards, ce serait un mensonge. En Afrique, les salons de coiffure pullulent de créativité et d’innovation, mais étant donné que c’est de l’artisanat, ce n’est pas si bien considéré. Pourtant, ne sommes-nous pas tous heureux quand on est bien coiffé à la dernière mode?

Dès que nous consommerons nos propres produits, nos producteurs et artisans se développeront car nous aurons investi dans notre patrimoine cosmétique.

Et, ce n’est pas que l’apanage des femmes. Avec tous les hommes qui ont des barbes, des dreadlocks ou simplement des peaux aussi à embellir, il y a de quoi faire.

Quelques huiles et beurres issus de notre chère pharmacopée africaine

Huiles Manketti, Melon de Kalahari (Namibie), Ximénia, Avocat (Kenya), Fruit de la passion(maracuja), Ricin, Macadamia, Coton (Cameroun), Coco, Yangu,Calophylle Inophyle, Nigelle, Papaye, Moringa, Kolo (Congo Brazzaville),
Beurres Karité (ouest, centre, est), Karité Nilotica (Ouganda), Mafura (Mgolimazi en swahili),Mangue, Kombo, Cacao

Sources :

https://www.slow-cosmetique.com/

http://www.aroma-zone.com/

Ebene Naturi, Le retour au naturel, Gamme Kemsia

Julien Kaibeck, Les huiles végétales, Vie Quotidienne

[1] http://www.loreal.fr/media/beauty-in/beauty-in-sub-saharan-africa/recherche-et-formation-au-c%C5%93ur-de-la-strat%C3%A9gie-l’or%C3%A9al/le-march%C3%A9-de-la-beaut%C3%A9-en-afrique-subsaharienne

[2] http://www.loreal.fr/media/beauty-in/beauty-in-sub-saharan-africa/recherche-et-formation-au-c%C5%93ur-de-la-strat%C3%A9gie-l’or%C3%A9al/la-pr%C3%A9sence-de-l’or%C3%A9al-en-afrique-subsaharienne

Par Christella Mariza Kwizera qui est étudiante-chercheure à Lyon, en France. Visitez son blog: kwizymariza.wordpress.com

Source de l’image: kwizimariza.wordpress.com