Depuis le début de la crise au Burundi en Avril, j’ai triplé voir quadruplé le temps que je passe sur les réseaux sociaux. Des fois je fais des pauses bien sûr, mais c’est dur. Je me rappelle les heures restées à écouter jusqu’à minuit ou 1h du matin les radios Bonesha et Isanganiro. Je me rappelle la peur que j’ai eu quand elles ont été mises sous silencieux… For real, I was afraid! Je me disais, on n’aura plus d’infos fiables! Tout peut partir en vrille et on ne saura vraiment jamais ce qui se passé! Et depuis, à part les nôtres qui sont partis qu’on connaît, on ne voit vraiment que 30 ou 40% de l’iceberg! Que celui qui est sûr de tout connaître et comprendre me jette la première pierre! Y’en aura pas.

Après les radios, la coupure des réseaux sociaux. Mana, là j’ai failli devenir dingue: ma famille, mes amis, les familles de mes amis, les gens que je ne connais pas… S’il leur arrive quelque chose, comment le saurais-je? Puis y’a eu VPN. Hahahahhahaha, j’avais l’impression que ceux qui étaient au Burundi venaient de gagner la coupe du monde face à des gros adversaires. Et quelque part, c’était vrai. Alors commencèrent les infos via whatsapp. Humm, attends, j’ai vraiment écrit « infos »? Y’avait de vrais infos, mais le plus impressionnant c’était quand même les rumeurs: radiyo munwa (radio bouche littéralement lol). C’est à ce moment que j’ai vraiment compris qu’il y’a des gros menteurs derrière leurs écrans et que le mensonge était présent, un truc de malade, chez les Burundais. C’est abuser!

Mais la guerre, la vraie guerre de communication, est sur Twitter. Au début, j’ai cru que j’allais devenir dingue quand je voyais des tweets pleins d’insultes et de mensonges. I was like, les gens, nous on était tranquilles ici avant la crise et vous arrivez avec des tonnes d’insultes et d’accusations. Twitter avant, c’était pour le fun, pour apprendre, discuter normalement… mais ça, c’était avant. Des fois je me force de me rappeler ce que c’était avant. Milles fois, je me suis demandé à quoi ça me servait d’être si active… mais c’était et c’est toujours mon seul moyen de communiquer sur ce qui se passe au pays!

Plusieurs fois je me suis dit, je vais effacer ce compte et faire comme si je ne connaissais pas la situation, comme si je n’avais ni vu, ni lu des horreurs. A la fin, je pensais à toutes ces personnes qui nous ont quitté: Népo, Arnaud, Armel, Franck, Fleury, Eloi, Euphrem, Charlotte, la famille Nkezabahizi, etc. et je pensais aux jeunes emprisonnés parce qu’ils ont exercé leur droit de manifester: Démocrate est celui qui reste vraiment dans ma tête. Et je me disais: non, je ne peux pas me taire! Ça leur ferait tellement plaisir et je n’ai vraiment pas envie de leur accorder cette immense joie! Je ne peux pas me taire quand je pense à ceux que je connais qui sont passés sous torture. Je ne peux pas me taire quand je sais que mon amie tweete à ses risques et périls, et sans être anonyme (yeweee les comptes anonymes ont poussé tel des champignons!) Je ne peux pas me taire quand je pense à ceux qui n’ont plus de familles, ou qui ont vu leurs vies bousculées en une seconde! Je ne peux pas me taire quand aujourd’hui on emprisonne des enfants, pour des gribouillis! Je ne peux pas me taire à cause des menaces sur Twitter! Je ne peux pas me taire face au viol, devenu arme de guerre parce que des gens sont là à répéter et répéter encore que: «Le viol exige certaines conditions, et on ne peut pas violer de femmes avec des crépitements!»*Rolling my eyes*

Je pourrais me taire et me dire, je suis abattue, fatiguée par ces conversations à dormir debout, qui ne riment à rien à part s’accuser mutuellement pendant que d’autres sont en train d’être frappés, brutalisés inhumainement; tandis que des jeunes hommes capables de procréer perdent leurs capacités sous torture. Je pourrais me taire et me dire, na kare, je n’y gagne rien! Ahubwo j’y perds mon temps et surtout mon énergie pour des choses qu’on ne sait vraiment pas quand est ce qu’elles vont finir, et surtout comment ça va se finir. Je pourrais et je voudrais y arriver, mais pour eux, pour tout ce monde, je ne vais pas le faire!

Je vais continuer à tweeter (non sans humour, voir même du sarcasme), je vais continuer à vous dire que ce mandat est illégal! Je ne sais pas ce que je vais perdre, amis, connaissances…. en vrai, je m’en fous! Y’a des vies qui ont été perdues pour rien, parce qu’un homme a décidé qu’il valait plus qu’eux. Alors très chers #abatwip, vous avez encore des beaux jours à me subir! Lol, ça va je ne suis pas si méchante que ça. Je pourrais et je devrais me taire, mais je ne me tairais point. A Bientôt ! (Kuri ka gasozi ka twitter)

#Sindumuja

Par @kanounou1. Suivez-la sur Twitter.

Source de l’image: Twitter.com