J’allais le lui dire. Je le voulais. C’est mon meilleur ami, il sait tout sur moi … Bon, presque tout. Ce gars connait mon meilleur, aussi bien que mon pire. C’est la première personne que j’appelle quand j’ai de bonnes nouvelles, et je sais qu’il est vraiment heureux pour moi, même quand rien ne va dans sa vie. Il est loyal. Il est plus qu’un ami: c’est un frère en plus, m’envoyé par Dieu, du ciel.

Je voulais le lui dire parce que d’autres personnes qui ne comptent pas autant qu’il compte pour moi le savent déjà. Quand j’ai quitté le Burundi, j’ai décidé d’explorer cette autre facette de moi que je réprime depuis trop longtemps. Je décidé de me laisser aller. Ainsi, dans le processus, je me suis ouvert à quelques amis … la plupart étant des personnes que je savais me comprendraient, étant donné qu’ils ont eux aussi vécu cette expérience.

Ça faisait un bout de temps qu’on ne s’était pas vu et parlé en personne, je comptais donc profiter de cette rencontre pour lui dire toute ma vérité. Et puis il a commencé à parler d’eux … Je pouvais sentir le dégoût dans sa voix. Je ne me rappelle plus de quoi on parlait, et puis de nulle part, il s’est mis à critiquer… les “pédés”, en les traitant presque de moins que rien.
Pendant qu’il parlait, j’étais juste là, entrain de rire silencieusement, en n’écoutant pas vraiment ce qu’il disait. Dans ma tête, j’en venais au faite que je ne le lui dirai peut-être jamais… Mais en même temps, je me demandais comment il réagirait à ma confession.

Je trouve drôle comment les gens, les hétéros surtout, réagissent face à un “Coming Out”, comme si c’est un “Breaking News”. J’ai été cette personne toute ma vie, c’est juste que tu ne le savais pas! Te le dire ne change rien en la personne que je suis! Je ne vais pas changer ma personnalité, ou commencer à me comporter bizarrement juste parce que je sais que tu le sais! Oui, je t’ai caché cette partie de moi, mais cela ne signifie pas que je n’ai pas été authentique avec toi! Mes opinions et mes mœurs sont toujours les mêmes! Je serai toujours le gars marrant, intelligent, fidèle, un peu maladroit, viril, que tu as toujours connu! Ce n’est pas comme si je viens juste de décider d’être attiré par les hommes maintenant! J’ai toujours été comme ça, pendant tout le temps que tu m’as connu!

Bon, la vérité est que je n’ai pas toujours été comme ça. La plupart des homos vous diront qu’ils ont pris conscience de leur sexualité différente assez jeune, mais mon “réveil” à moi s’est passé après ma première relation sexuelle avec un homme – une expérience consentante et agréable, mais que j’effacerai de ma vie et de ma mémoire si je le pouvais. Pour autant que je me souvienne, je ne m’étais jamais senti attiré par les hommes de la même façon que les femmes m’attiraient. Par ailleurs, je suis toujours attiré par les femmes; mais mon attirance pour le genre féminin est sensiblement différente de l’attraction que je ressens pour les hommes. Je suis plus susceptible de tourner ma tête pour admirer un homme attirant qui passe, mais quand-même beaucoup plus susceptible d’être dans une relation sérieuse avec une femme. Je suppose que c’est parce que la société ne permet, à ce jour, que les relations hétérosexuelles… Je n’en sais rien. Tout ce que je sais est que je recherche d’abord un lien intellectuel et affectif avec une femme, alors que la beauté extérieure d’un homme me suffit souvent pour sauter dans un lit avec lui.
Pendant longtemps, j’ai détesté cette personne que je suis. Même si je pourrais donner l’air d’être un peu plus à l’aise dans ma peau aujourd’hui, je souhaite toujours me réveiller un jour, normal, un hétérosexuel…

C’est drôle comment les gens hétéro parlent de l’homosexualité (et de la bisexualité) comme si les gens se réveillent un jour et décident d’être des marginaux… Parce que oui, les non-hétéros sont marginalisés par les sociétés, partout dans le Monde! Pourquoi quelqu’un déciderait d’être une personne ou de mener une vie que tout le monde déteste ouvertement? Rendez-vous compte que la plupart de nous donnerait tout pour être “normaux”? Vous parlez de l’homosexualité comme si c’est un choix amusant, mais est-il amusant d’entendre votre père, votre mère, vos frères et sœurs, vos amis, les gens que vous aimez, parler et vous regarder comme si vous étiez une ordure? Vous pensez que c’est amusant quand ils dénigrent quelqu’un d’autre, et qu’au fond vous savez que la seule raison pour laquelle ils attaquent cette personne personne est parce qu’elle fait les même choses ou a les même sentiments que vous avez? Est-il amusant de savoir que vous ne serez probablement jamais aimés pour la personne que vous êtes vraiment, que vous aurez à construire une façade, à jouer un jeu, pour le restant de votre vie? Il n’y a rien d’amusant à vivre avec la peur que toutes les personnes que vous aimez pourraient tous un jour vous laisser tomber s’ils découvrent ce côté de vous, qui en réalité n’est qu’un petit fragment de la personne que vous êtes vraiment. Pourquoi les hétéros ont le droit d’être des personnes seulement, alors que nous autres devons rester coincés avec des étiquettes? Pourquoi ma sexualité définirait-elle qui je suis?

Pendant qu’il parlait, je me demandais s’il se mettrait à se comporter bizarrement autour de moi, si je le lui disais, et que, par un heureux hasard il décidait de me garder comme ami. Me penserait-t-il entrain de flirter quand je mettrais mon bras sur ses épaules, comme je le fais souvent? C’est drôle comment les garçons hétéro pensent qu’ils attirent tous les hommes gays. Nous aussi “Friendzonons” les gens, les gars!

Je me demandais si notre relation resterait la même; s’il resterait curieux de ma vie amoureuse, et me demanderait de toujours le tenir à jour; s’il voudrait connaître les gars que je vois, tout comme il ne me permet jamais de respirer lorsqu’il sait que je suis entrain de “parler” avec une femme; Je me demandais s’il se soucierait toujours de mon bien-être, et si je pourrais toujours compter sur lui comme un frère…

Je me rends lentement compte que je pourrais le perdre si je le lui dis, et cela brisera mon cœur. Mais je tente de me convaincre que c’est le prix à payer pour ma santé mentale. Je ne peux pas vivre un semblant de vie toute ma vie. Un jour il faudra bien que j’avoue ma vérité aux gens que j’aime, tout en espérant et en priant qu’ils continueront à me croire digne de leur amour. Je me prépare, en souhaitant que cette expérience ne soit pas aussi douloureuse que je la pressens, et en suppliant le bon Dieu que je la survive…

Par Ziggy, qui vit et étudie en Belgique

(Source de l’image: ipaintiwrite.com)