A Bujumbura, nous prétendons tous préférer la vérité au mensonge. Par exemple, la première qualité “déclarée” par les filles sur le choix d’un partenaire est l’honnêteté. Elles veulent toutes épouser des hommes honnêtes qui ne leur “cachent” rien. Une qualité bien difficile à trouver chez nous, tout simplement parce que car la culture urbaine de Bujumbura dominée par une pensée principalement judéo-chrétienne (les dix commandements) ne se marie pas facilement avec nos valeurs traditionnelles basées sur la ruse et le conformisme pour survivre en société.

Notre système traditionnel “punit” de manière impitoyable quiconque ose remettre en question la cohésion et le bien être du groupe. Très jeune on apprend à “se taire”, à “attendre son heure”, à “désapprouver en silence”, à “spéculer” (respecte-le tu ne sais pas ce qu’il deviendra plus tard! On ne sait jamais, il pourrait se venger une fois son heure venue), etc.… Toutes ces valeurs t’apprennent à te méfier de ton entourage et de ton environnement. LA PRUDENCE est le maître-mot! Le héros traditionnel use et abuse de la ruse et de la prudence pour survivre… Il est très méfiant, tel Samandari, tel Bakame, etc.

Et voilà qu’à la télé, à la radio, sur internet et autres influences, on te dit que le héros est celui qui dit tout haut ce qu’il pense, et il le dit sans avoir peur de la réaction des autres. Que le héros fait confiance aux autres, tient ses promesses, qu’il court à la rescousse des faibles, contre les forts,… Wooooww rien à voir avec la PRUDENCE et la MEFIANCE légendaire des burundais, que maman t’as appris.

Résultat des courses: chacun se trouve toujours confronté à un dilemme quand il s’agit de donner “sa vérité”. Et on tourne en rond car le simple acte dire la vérité (ton opinion, ta version des faits, etc.) devient un véritable combat intérieur, car il est contraire à tes valeurs de burundais qui te demandent plutôt de te taire pour éviter de heurter les différentes sensibilités.

Que fait alors notre cher burundais? Il développe une véritable stratégie de communication:

1. Il mesure les risques : il ne dira la vérité que quand il sera certain qu’il n’y a pas de conséquences fâcheuses

2. Et si conséquences fâcheuses il y a, il devra être sûr qu’il sera pardonné

3. Il ne dira jamais “sa vérité” s’il n’est pas sûr qu’au moins 2 ou 3 personnes pensent pareil (Ntirumveko), car plus on est nombreux à penser pareil, plus l’idée est légitime

4. Il prétendra aimer/approuver/admirer ceux qui disent ce qu’ils pensent, alors qu’au fond de son cœur il les dénigre et les prend pour des fous irresponsables qui ne savent pas mesurer la portée ou l’impact de leurs propos, etc. La liste des stratégies est longue.

Mais sachez juste que l’hypocrisie se remarque quand il y a une grande différence entre nos paroles et nos actions. Exiger l’honnêteté comme premier critère de sélection de ton futur époux (compte tenu de notre contexte social) revient à lui demander de devenir un véritable hypocrite juste pour te plaire. Et s’il était sincère il te dirait que toi non plus tu n’es pas 100% honnête…

Je vais vous donner une image: demander à un burundais d’être à 100% honnête avec toi reviendrait à demander à un gars qui a vécu toute son enfance dans le Kalahari si chez eux ils avaient une piscine. Il aurait bien voulu, mais malheureusement il n’a pas eu cette occasion. Il l’a tout au plus vu à la télé.

Par Reynolds Butari. Il vit et travaille à Bujumbura

Source de l’image: birdsdessines.fr