Je dédie ce texte à toutes les femmes burundaises, et en particulier à ma Grand-mère qui m’a inculqué les principes d’égalité entre les hommes et les femmes. Aussi, je le dédie à cette femme âgée de plus de 70 ans qui est partie, le 3 février dernier, de Mbuye (sous colline de la commune Butaganzwa dans la province kayanza) et a parcouru à pied 50 km pour se rendre à la prison centrale de Muramvya dans le but de rendre visite à Bob Rugurika qui y était emprisonné[1].

Par Amilcar Ryumeko

Photo by Arnaud Gwaga Mugisha

Le 8 mars de chaque année, on célèbre la journée internationale de la femme. Le thème proposé cette année par ONU Femmes dans le cadre de sa campagne Beijing+20 est: “Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité: Imaginez!”. À la veille de cette journée et dans un contexte burundais, le thème proposé par ONU Femmes m’interpelle, car il m’a amené à m’interroger sur la place de la femme dans la société burundaise. Concrètement, est-ce que la femme burundaise occupe réellement la même place que les hommes dans la société burundaise pour être autonome?

À cet égard, en consultant différentes statistiques, certaines font réfléchir. À titre d’exemple, la scolarisation des filles accuse un retard par rapport à celle des garçons. Entre 2008 et 2012, le taux net de fréquentation au primaire était de 74.3 % pour les filles et de 73.1 % pour les garçons. Toutefois, cette tendance se renverse au secondaire où le taux net de fréquentation passe à 16.5 % chez les filles et 19.1 % chez les garçons (UNICEF). De plus, selon une étude de l’Observatoire de l’Action gouvernementale (OAG) réalisée en 2012 sur la représentation de la femme dans les organes de prise de décision, la participation de cette dernière dans les instances décisionnelles du Burundi est très faible. Voici quelques exemples:

  1. la représentation de la femme dans les postes de responsabilités au sein des structures publiques et parapubliques est passée de 17.1 % en 2008 à 12.7 % en 2012;
  2. la représentation des femmes au sein du Pouvoir judiciaire est seulement de 16.6 %;
  3. la représentation des femmes à la Présidence de la République est de 23.8 %;
  4. la représentation des femmes dans les différents postes de prise de décision est presque nulle au sein du ministère de la Défense et celui de la Sécurité publique.

Cet état de fait est causé, à mon humble avis, par de multiples barrières culturelles (pensons au dicton qui dit “nta nkokokazi ibika isake iriho”) qui font que la femme ne soit pas l’égale de l’homme et explique en partie la place d’arrière-plan qu’elle occupe dans la société burundaise. Aussi, selon une enquête conduite au Burundi, et présentée lors d’un atelier sur le leadership organisé le 07 août 2014 par l’association des femmes journalistes, on apprend que les femmes ne contribuent pas à leur promotion[2].

Certes, il y a eu des avancées en ce qui a trait à l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, notamment avec l’avènement du code de la personne et de la famille. Mais, une certaine inégalité de droits demeure. Par exemple, on apprend à travers le magazine Iwacu N028 d’Octobre-Novembre 2014 qu’en 10 ans, le projet de Loi sur la succession n’arrive pas à être adopté. Depuis quelque temps, il est relégué dans les oubliettes, conservé dans les tiroirs du gouvernement. (…) Les juges se disent un peu désarmés. Ils réclament une Loi spécifique sur la succession au Burundi. “Avec l’absence de cette Loi, nous manquons de base légale pour motiver notre décision”, ont dit à Iwacu plusieurs juges. Il manque un cadre légal qui dépend de la volonté politique. Et celle-ci fait toujours défaut. Autrement dit, la femme ne peut toujours pas hériter du fait que c’est le droit coutumier qui est appliqué dans une large majorité des cas. Heureusement, selon le même magazine, on apprend que certains magistrats des juridictions de base ont déjà commencé à traiter des litiges fonciers en se souciant de l’égalité de genre. Mieux, de plus en plus de parents lèguent équitablement leurs biens aux enfants sans distinction de sexe.

Et pourtant, notre Constitution garantit en son article 13 le principe d’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la non-discrimination basée sur le sexe. De plus, notre Loi fondamentale s’approprie en son article 19 la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard de la Femme.

Dans ce contexte, sachant que le dernier recensement de 2008 nous informe que les femmes représentent plus de 50 % de la population burundaise (4.088.668 femmes contre 3.964.906 hommes), comment pourrait-on espérer un développement économique/sociale durable sans la pleine participation de la femme burundaise, et ce, dans toutes les sphères de la vie économique, sociale et politique? Dit autrement, comment le Burundi pourrait-il espérer atteindre sa pleine capacité de production en ne favorisant pas la pleine participation de plus de la moitié de sa population?

En conclusion, pour espérer que le Burundi atteigne sa pleine capacité de production, je suis d’avis qu’on doit tous (eh oui, y compris les hommes) s’attaquer aux différents obstacles que rencontrent la femme burundaise dans sa quête de pleine participation à la vie économique, sociale et politique de notre chère Patrie! Je terminerai en lançant cet appel : aux femmes en général, REVENDIQUEZ, REVENDIQUEZ, REVENDIQUEZ VOS DROITS! CONTRIBUEZ À VOTRE PROPRE PROMOTION! Vous êtes les premières concernées!

Tenez, pourquoi ne pas unir vos forces pour présenter en grand nombre des candidates à titre d’indépendantes ou au sein des différents partis politiques lors des prochaines élections (communales, législatives et présidentielle) qui se dérouleront à partir de mai prochain? Je serai ravi d’avoir des Margaret Thatcher et/ou Angela Merkel Burundaises. Aux femmes occupant des fonctions ascendantes (députés, ministres, juristes, journalistes, l’association des femmes juristes du Burundi, l’association des femmes journalistes, etc.), REVENDIQUEZ CES DROITS POUR LA FEMME RURALE! Aux hommes, rappelons-nous que ces femmes sont nos mères, nos sœurs, nos épouses et nos filles! ON EST AUSSI CONCERNÉ, NTITWIGIRE SINDABIBAZWA, BIRATURABA!

[1] http://www.isanganiro.org/spip.php?article8672

[2] http://rtnb.bi/index.php?option=com_content&view=article&id=10354:les-femmes-ne-contribuent-pas-a-leur-promotion-selon-le-resultat-dune-enquete-conduite-au-burundi&catid=6:politique&Itemid=7

Amilcar vit et travaille à Montréal au Canada