Par Chris Harahagazwe

Les autorités urbaines viennent d’ordonner aux familles de déplacer les restes de leurs disparus enterrés dans le cimetière désaffecté de Nyabaranda pour cause de viabilisation des lieux. L’exercice de les déterrer, de les transporter et de les enterrer de nouveau est un véritable drame pour les proches. Des personnes qui avaient fait déjà le deuil des leurs depuis des décennies sont replongées de nouveau dans la peine. Sans parler du coût exorbitant que cette tâche implique. Le traditionnel serment: “Ndakazura mama”, traduction: “Que je déterre ma mère” est désormais sans objet, me disait une jeune maman éplorée qui venait de procéder au macabre déplacement des restes de sa mère adorée disparue il y a 24 ans. De Nyabaranda à Mpanda dans une concession privée. Il n’est même pas dit que ce triste transfert ne va pas se répéter si l’Etat exige encore une fois d’évacuer le cimetière de Mpanda. Même si la concession est privée. Une autre maman est horrifiée à l’idée qu’elle va devoir déterrer son mari et son fils.

Pour ne pas condamner les familles à revivre ces deuils, la seule solution est d’adopter l’incinération des cadavres. C’est même une exigence économique car face à une population qui double tous les 30 ans et à une ville en croissance exponentielle, les terres à consacrer aux cimetières manquent cruellement. La ville de Bujumbura n’a plus d’autre choix. La décision d’adopter la crémation des corps ne peut plus attendre. Si la crémation est adoptée, il ne restera plus qu’à intéresser les privés. Je peux croire que des entrepreneurs de pompes funèbres kenyans spécialisés n’hésiteraient pas à installer des franchises au Burundi si les entrepreneurs burundais y rechignent.

Nous devrions cesser de vivre au jour le jour sans anticiper sur ce que la ville sera en dix ans, vingt et trente ans. Je ne prends jamais la route Bugarama sans être peiné par la vue des terres fertiles massacrées par l’extension des habitations sur la plaine. Ces terres devraient être protégées comme la prunelle de nos yeux. La ville devrait plutôt se développer vers les hauteurs et plus jamais dans la fertile plaine vers le nord ou le sud de l’agglomération. A l’instar du Campus Kiriri installé par l’administration coloniale sur une montagne coupée, il y aurait lieu d’aménager les collines qui surplombent la ville pour en faire des quartiers résidentiels.

Le président Sarkozy a choqué l’Afrique lorsqu’il a déclaré à Dakar que “l’Africain n’est pas encore entré dans l’histoire.  Il ne croyait pas si bien dire pour ce qui est du Burundi. Nous vivons au jour le jour au point que nous ne voyons pas que l’explosion démographique actuelle nous conduit tout droit vers une catastrophe économique et humanitaire. La cohorte actuelle de sept millions de jeunes de moins de 25 ans sans métiers, sans éducation, sans emploi et sans terres, bref sans aucune perspective est une bombe à retardement. Dans 30 ans, nous serons vingt millions. Si nous restons comme aujourd’hui sans moyens de subsistance cela nous conduira à des épidémies comme Ebola ou à des guerres pour désengorger le trop plein de population.

Lorsque je visite les quartiers populaires vautrés dans la saleté, les eaux stagnantes et nauséabondes, je suis horrifié de voir que le fléau biblique d’Ebola ne nous a rien appris. La première règle de santé c’est l’hygiène et l’assainissement. 50 ans après l’indépendance, nous ne le savons pas encore. Ceux qui se battent pour le pouvoir se trompent lourdement s’ils pensent que le pouvoir c’est pour les honneurs, le prestige et l’enrichissement personnel. C’est d’abord et avant tout apporter aux populations misérables burundaises, l’hygiène, l’assainissement, l’éducation, la santé et les emplois. Le pouvoir dans l’océan de misère qu’est le Burundi n’est que vanité des vanités. Comme l’a dit le pape François à son investiture  “le plus grand pouvoir c’est le service aux autres”. Ce ne sont pas les ridicules honneurs et prestige. Ce n’est pas non plus l’enrichissement rapide sans efforts.

(Photo: memoireonline.com)

Chris vit à Bujumbura et est un militant des droits de l’homme et membre fondateur de la ligue des droits de l’Homme Iteka

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