Par KZE

En 2012, je suis rentrée au Burundi après 14 ans en Europe. J’avais des projets et des rêves pleins la tête, parce qu’initialement, j’avais effectué mon stage de fin d’études dans le pays et j’y avais flairé quelques opportunités professionnelles.

Mais tous mes plans tombèrent à l’eau; je tombais malade. Une douleur au bas du ventre, que je croyais anodine, s’intensifia de mois en mois, et je n’étais que l’ombre de moi-même (déjà que je suis assez menue…). Je vous passe les détails de mon aspect physique mais le diagnostic révéla que j’avais des fibromes. Je soupais au lieu de manger et je ne pouvais plus travailler correctement (c’est simple je ne pouvais pas marcher sans m’appuyer sur quelqu’un et j’étais tout le temps épuisé). Parallèlement, j’avais des boutons bizarres sur mon visage et mon buste et le traitement du dermatologue n’avait fait qu’empirer les choses (inutile de vous préciser que même mon fond de teint MAC ne m’était d’aucun secours). Mes rendez-vous avec mère nature (les filles me comprendront) étaient tellement longs, douloureux qu’ils m’ont rendu anémique. Et un dernier pour la route, j’avais un taux anormalement élevé de cholestérol (je n’oublierai jamais la remarque de mon médecin traitant: “mademoiselle, je ne comprends pas vraiment ce résultat, vous êtes tellement maigre que vous passeriez sous la porte”.

J’étais mal à l’aise, ne comprenant pas non plus ce qui m’arrivait depuis bientôt un an.
C’est dans ce piteux état que je décidai de rentrer, après un an de traitement sans succès et avec pour garde malades, mes petits frère et sœur.

Le 06 octobre 2012, j’arrivais à Bujumbura, loin de me douter que les deux prochaines années allaient être un combat pour la survie de ma mère, la mienne et celle de ma famille nucléaire (vous comprendrez ultérieurement cette précision).
Ce qui m’a attristé à l’aéroport, ce sont les larmes de ma mère qui me trouvait tellement amaigri que j’avais la silhouette d’une gamine. J’ai porté un visage de circonstance (attitude que j’allais voir souvent); nous n’allons quand même pas pleurer toutes les deux, dis donc…
En arrivant à la maison, elle a mis les pieds dans le plat sans détour:

“Barakuroze, kandi vyagizwe n’abo kwa papa wawe, ariko canecane, nyokuru wawe na bashiki ba papa wawe babiri! Nanje barandembeje, 30 années maze ngaha mbabaye ni bo! Ngo ntibashaka ko mbana na papa wawe, ngo ndamurira amahera yiwe. Rero, je na we dupfuye, papa yoza guhamba batoyi bawe nabo ntibagoye! Ntibumva igituma ataribo bakoresha amahera ya papa wawe. Dutegerezwa kwivuza ariko.”

Quelle belle entrée en matière?

Mon cœur a bondi, je ne sais pas vraiment pourquoi: était-ce parce que vraiment on avait ce que me disait ma mère, ou l’identité des présumés coupables (avec naïveté, je ne les pensais pas coupables à ce moment)? Ou même parce que des souvenirs de mon enfance me revenaient?

C’était un peu tout ça à la fois, à vrai dire… J’ai fait semblant de me ressaisir, parce que j’avais déjà des premières questions dans ma tête: hmm, maman, comment tu sais?! Qui te l’a dit, qui va ou peut même nous soigner?!

En observant ma mère, il y’a quand même une question que j’ai préféré taire: comment maman, cela se fait-il que ma “famille”, ma grand-mère et mes tantes souhaitent ma mort? Ne suis-je pas leur fille?! N’es-tu pas le choix de leur fils et frère!?

C’est cette même question qui me taraude, et me pousse par dessus le marché, à témoigner de cette si longue parenthèse inattendue de ma vie; de mon histoire familiale.

J’ai envie de dire, que même dans les pires moments, j’ai pu redécouvrir ma mère, cette femme dont j’avais un vague souvenir, de combattante. Depuis toute petite, j’ai toujours vu ma mère malade. Elle avait souvent un regard triste, et les seuls moments où elle était heureuse c’est quand, on lui ramenait des bonnes notes et qu’elle nous faisait réviser. Elle s’est fait soigner partout dans le monde, les meilleurs médecins n’ont trouvé aucune explication à ses multiples maux (le manque d’appétit, les pieds qui la grattaient sans cesse, et cette maigreur, mon dieu…).

Passer du temps ensemble nous a uni. Je me sens en paix parce qu’elle m’a ouvert une fenêtre sur sa vie. Mieux encore, elle mis les mots sur mes souvenirs: ces moments où elle ne s’entendait pas avec mon père. Non qu’ils ne s’écoutaient pas, mais parce qu’on ne leur en donnait pas l’occasion. Vous connaissez tous les familles élargies. Ces belles-familles qui se croient tout permis, au point de piétiner un mariage, et de faire croire aux époux respectifs leurs illégitimités en dépit d’une union civile et religieuse. N’avez-vous pas tous, ce souvenir d’un parent qui débarque sans prévenir pour se faire soigner, ou qui envoie son enfant pour que vos parents leur paient l’internat et la scolarité? Dans le meilleur des cas, les parents le font toujours, par égard de leurs parentés. Et mes parents, n’ont pas fait exception. Et malheureusement, pour eux, ils étaient les aînés de leurs grandes familles.

Le souvenir le plus désolant de cette époque, c’était lorsque qu’il y avait des confrontations entre les deux groupes de belligérants, et mes pauvres parents, étaient pris en otage. Personnellement, j’ai et je suis toujours très proche de la famille de ma mère, aussi loin que cela remonte (les photos vintage l’attestent 🙂 ). Ils nous ont aimé mes frères et moi, et surtout ils nous le montraient sans cesse.

La famille de mon père, c’est une autre histoire: les deux seuls personnes pour lesquelles que nous avons compté sont décédées; mon grand- père et ma tante, la sœur directe de mon père.
En même temps, me direz-vous que c’est normal, étant donné qu’ils n’aimaient pas ma mère. Pourquoi suis-je exigeante?

Revenons en 2012…

J’ai rapidement vu que quelque chose clochait avec ma mère. Son légendaire petit appétit était quasi inexistant, elle ne se nourrissait que de pain et de fanta. Elle était toujours irritée et cela empirait tous les soirs. Elle m’avoua qu’elle ne dormait pas, et qu’à cause de ses insomnies, elle a des fortes migraines et donc, elle ne pouvait traiter aucun dossier (elle est juriste). Quand je l’interrogeai pour essayer de comprendre, elle m’a apprit des choses, et ces révélations empiraient au fil des mois; j’allais rapidement m’en rendre compte.
Elle me disait que durant la journée, ses pieds la démangeaient tellement, qu’à force de se gratter avec la lame de rasoir, elle se blessait fréquemment. Le soir, elle ne fermait pas l’œil de la nuit, il y avait des rats dans toute la maison (c’est vrai qu’on les entend parfois dans le plafond. Et bien dans la chambre de ma mère, ils se payaient le luxe de circuler en dépit de toutes les tentatives pour éradiquer leur invasion). En plus de ses maux de tête, elle avait des sensations de brûlure à l’intérieur de son buste et d’autres de lourdeur, cette fois-ci, au niveau des épaules et du dos: Numva nikoreye ibiro ijana, me disait-elle.

A tort, elle prenait des somnifères, parfois de l’alcool dans l’espoir qu’enfin, elle allait dormir. Que nenni.

Et je voyais que ma mère souffrait vraiment. Même la maison était à l’abandon (elle est maniaque en général mais là, on se rendait compte que le ménage n’était pas fait régulièrement).  En public, et en plein jour, cela lui arrivait de tomber. Non le sol ne glissait pas, et elle ne portait pas de talons.

Le 31 décembre 2012, nous n’avions pas le cœur à la fête. C’est simple, ma mère, s’auto-soignait avec les médicaments prescrits par le dermatologue et se plaignait de leur inefficacité puisque son pied gauche (le plus atteint des deux) commençait à pourrir et à sentir (elle ne quittait plus ses chaussures fermées sauf quand les démangeaisons étaient insupportables). Et moi, je la regardais impuissante, en essayant de contenir mes larmes.

Progressivement, elle a cessé d’aller au bureau, mais moi, par miracle, j’ai rapidement trouvé quelque chose, de quoi m’occuper. Donc, je ne la voyais que le soir, en priant que son état n’ait pas empiré. Et un jour, ce que je redoutais arriva, et c’était le début du cauchemar. Elle était voûtée et avait vieilli d’un coup.

Un soir, lors d’un rendez-vous de travail (elle donnait quand même des conseils juridiques), elle n’arrivait plus à parler et bredouillait des mots en kirundi pour s’excuser et écourter l’entrevue en expliquant qu’elle ne se sentait pas bien (le client était un blanc). Le monsieur la raccompagna à sa voiture et le chauffeur la ramena, c’est lui-même qui me raconta l’incident. Ma mère n’arrivait plus à marcher et elle parlait différemment. Il était vers 21h. Vers minuit, elle eut ce que j’ai appelé une crise d’absence (je n’ai pas trouvé d’autre appellation). Elle marchait frénétiquement dans la maison, en cherchant un mur pointu pour s’y cogner. J’étais dépassée et sous le choc. Tout ce que j’avais vu et entendu, n’étaient rien à côté de ce que je voyais. Ce n’était en aucun cas une hallucination.
Prise de panique, j’ai appelé ma tante (la seule sœur de ma mère qui habite encore au Burundi) pour lui demander de venir. Nous habitions à Kajaga et elle venait de Kanyosha. La quarantaine de minutes me sembla être une éternité.
A son arrivée, elle a heureusement pris les choses en main. Elle a commencé par prier en essayant de contenir ma mère pour l’empêcher de se faire mal. Cette dernière a réussi a se cogner le pied et n’a même pas senti la douleur, c’est le lendemain quand elle vit la trace de sang desséchée sur le sol, qu’on lui raconta l’incident.
Les prières n’ont rien fait, on a téléphoné des gens qui, depuis quelques semaines rivalisaient en remèdes pour la soigner. L’un d’eux arriva, vers 3h du matin, et il ne réussit qu’à la calmer au lever du jour. Ma mère pu s’endormir quelques heures, et à son réveil, elle ne reconnaissait personne.

Dans la panique, je tentai d’appeler mon père (il vit à l’étranger et en dépit de la distance, il suivait de près notre situation). Comme un malheur ne venait jamais seul, il a beaucoup plu cette nuit-là, on n’a pu bien se parler que dans la matinée. Son lourd silence, me montra son inquiétude, et promis de prendre des dispositions pour être à la maison le plus tôt possible. Moi qui devait travailler le lendemain, j’avais prévenu que je ne viendrai que l’après-midi du fait des soucis de santé de ma mère, histoire de gratter quelques heures de sommeil.

En parlant de ces tradi-praticiens, ces “abapfumu” (ce mot me parait bien péjoratif, allez savoir pourquoi). Deux femmes en particulier se sont relayées au chevet de ma mère, et m’ont également suivie. Ma mère et moi avons bu des potions, avons été frictionnées par des plantes aussi diverses qu’inconnues de nous. Nos corps ne nous appartenaient plus.

Cela ne m’empêchait pas de prier. Je me suis mis au rosaire et ma lecture de la Bible s’intensifia (elle était encore le seul soutien que je pouvais comprendre).

Une en particulier (qui officie “à l’intérieur du pays” comme on dit) me reçut, et bien sûr, ce n’était pas gratuit.
Tout ce qui concerne ces gens-là est tabou, c’est un péché d’aller les voir, “il faut prier et Dieu vous guérira”. Soit. Ça fait 30 ans qu’on prie (les pasteurs et les prêtres se sont succédé à la maison)!
Je décidai d’aller la voir par curiosité, mais aussi parce que je cherchais des réponses; aller corroborer ou non le préjugé qui plane sur son activité en même temps qu’elle m’expliquerait ce qui nous arrivait à ma mère et moi. J’ai enregistré notre conversation sur mon téléphone pour figer le temps de ses révélations. Je voulais hâtivement obtenir des réponses. Je dois admettre que je me suis détendue quand j’ai appris qu’il lui arrivait de soigner des malades que l’hôpital de sa région n’arrivait pas à traiter.
Arrivée chez elle, j’étais encore rassurée par l’accueil chaleureux et les photos de la Sainte Famille (je me murmurais à moi-même: “ko asenga, nta kibi aza kungirira”. Voyez comment même moi je redonnais vie au préjugé collectif sur ces gens?) Quelques questions pour en savoir plus sur sa compétence, auxquelles elle répondit que ce savoir lui avait été transmis par un membre de sa famille, comme si elle avait été choisie. (Je la perçois comme une chamane, en fait)

Bref, j’ai rapidement pris place dans son salon. Elle a exécuté un rituel en chantonnant (elle portait un foulard et de bracelets), et m’a demandé si j’allais me venger. Évidemment que non, ai-je répondu. J’ai su plus tard, que si on planifiait la vengeance, elle ne te prenait pas.

A la question: “pourquoi ma mère et moi avons des maladies bizarres?”  elle me répondit:

“Abo kwa so ni abantu babi. Aha nyokuru wawe yobona nyoko arapfuye, yonezerwa gushika aho yosubira no mu bukumi bwiwe! Baramuteze ibintu mu nzu yanyu yose, ariko vyinshi biri mu ngoma mufise yanyu. Ngo wewe ni wewe umutera amanyama, nawe nta buzima bwiza uzogira. Bashaka mupfe papa wawe aze ahamba gusa, bace bashikira ivyanyu vyose. Kugira babaroge babatwaye ibintu vyinshi vyanyu mwabaha, babishira mu ndya mwariye hariya kwa sogokuru wawe ku gatumba, n’amahera bakoresha bakuramwo muri ayo papa wawe yarungitse. Kuva muri abana hama hari umupfumu wabo. Niho yama ari igihe cose mwaba mwaduzeyo. Wewe, ibindi babikugize igihe uja kuraba urya mushiki wa so muhira iwe.
Mama azokira birya bintu vyose batongereyeko muvyikuye, canecane irya ngoma. Maze kaze kicwe n’inyota n’inzara kabibona.”

A mon retour à Bujumbura, j’étais dans une telle rage que je ne me reconnaissais plus. D’autant plus que tout ce qu’elle avait dit sur moi était vrai. Et c’est ce jour que j’ai décidé de m’en foutre (excusez-moi de parler crûment) du qu’en-dira-t-on. Et j’eus l’occasion de le prouver.
Une tante dont l’époux est le frère de mon père voulut me rencontrer. Je le cachais à ma mère, qui entre temps paniquait à la simple évocation de cette belle-famille maudite.
Je n’ai pas hésité à compter mes récentes découvertes à ma tante. Elle se mura dans un discours évangélique tout en reconnaissant que ma mère n’avait jamais été appréciée par sa belle-famille et qu’elle partageait ma douleur, mais que seul Dieu pouvait. Ma seule réponse fût de lui interdire de m’approcher et de considérer que cette famille qui malmenait ma mère, et par ricochet, mon père n’était pas la mienne.

Elle ne m’en crut pas capable, jusqu’à l’envoi d’un mail à tous les frères et sœurs de mon père, en divulguant ce que je savais, à eux tous. Je les menaçai de leur faire subir le même sort (cette partie était du bluff…).

Entre temps, mon père était arrivé et l’atmosphère à la maison était horrible. Mes parents se chamaillaient; ma mère, au bord du divorce, accusait mon père d’être de mèche avec sa famille, et mon père ne savait plus à quel saint se vouer; il était encore sous le choc. Je voyais littéralement mon couple modèle s’effriter, mes meilleurs allaient à la dérive. Et moi au milieu qui plaidait la cause de chacun auprès de l’autre en spécifiant que papa était aussi une victime (depuis quand ta propre mère veut tuer ta famille?) et ma mère très mal en point (c’est la douleur et la souffrance trop longtemps portée qui explose).

Ma mère ne guérissait pas et moi je culpabilisais à chaque fois que je devais manger ou dormir. En prime, nous étions paranoïaques. Je me méfiais de tout et de tout le monde. J’avais de la rancœur, de la colère, du dégoût et j’avais peur pour ma mère. En revanche, elle a toujours su rester ma mère: un matin, à 6h exactement, elle me réveilla et me raconta; elle me raconta comment, dans ses insomnies habituelles elle avait appelé son médecin traitant pour se faire admettre dans un hôpital pour aller y mourir. Selon elle, il n’est pas bon qu’un enfant voit son parent à l’article de la mort. En larmes, elle ajouta: ma fille, j’ai vu la mort hier nuit! J’étais tétanisée en m’en voulant de ne pas savoir comment réagir ni quoi dire.

Nous continuions à nous faire soigner, à boire des potions étrangers et insupportables au goût. Peu à peu, nous ressentions de la lassitude. La religion chrétienne nous renvoyait une image de pécheresses, mais nous allions si mal. Nous continuâmes quand-même à prier, et ça finit par payer. Mais les gens autour, quand j’en parlais, de donnaient le même discours religieux ou me disait carrément cela n’existait pas. C’était insultant. Je suis devenue distante avec tout le monde, je n’avais pas de vie sociale, d’ailleurs je ne le voulais ni le pouvais. Refuser de reconnaître nos maux nous rendaient doublement malades, c’est comme une victime à qui la justice répond que son agression n’est pas assez grave pour que les meilleurs juristes se saisissent de son cas. C’est un pétage de plomb assuré!

Ces émotions confuses ne m’empêchaient pas de relativiser. Je me le devais, à ma mère aussi, car elle ne baissait pas les bras, et mon père encore moins. Je ne voyais pas et c’est encore le cas, le problème de boire une mixture à base de plantes. Avant la pharmacie moderne, les gens se soignaient avec des plantes non? Et les gens qui souffrent de maladies lourdes, suivent des traitements tout en ayant des vies spirituelles non ? Je considérais que j’étais dans le même cas.

Un jour, je tombais malade (cette fois-ci c’était une maladie “moderne” 🙂 ) et je devais faire une échographie. Au cours de celle-ci, le docteur confirma que mes fibromes étaient bel et bien partis. Ce fut la première fois que je fus heureuse depuis mon arrivée au Burundi!
Quant à ma mère ça allait bien un jour, le lendemain c’était retour à la case de départ. Nous priions tous pour elle, chacun dans sa confession; son mari, ses enfants et sa famille. A la souffrance physique s’ajoutait la souffrance morale, parce que la famille de mon père ne lâchait pas l’affaire et ne comprenait pas pourquoi elle était encore en vie. C’est là ou on dit: “umwansi agucira icobo, Imana ikagucira icanzo”.

3 ans plus tard, je suis heureuse d’affirmer que ma mère va bien, qu’elle est tirée d’affaire après 30 ans de douleurs, dans tous les sens du terme. Mon père et elle ont eu un nouveau départ. J’ai la chance d’avoir des parents comme eux, et Dieu aux commandes; sans lui nous ne serions pas aussi unis tels les 5 doigts de la main (avec mon frère et ma sœur).

Maintenant, nous avons coupé les ponts avec cette famille de malheur qui avait quand même décidé de s’en prendre aussi à mon père, prétextant que si elle ne le contrôlait pas (comprenez, aller jusqu’à le faire tuer à son tour), ce n’était pas la peine que ma mère vive avec.

C’est une fenêtre sur un bout de mon vécu, ce que j’ai vu et entendu de mes propres sens, bien que ce qui m’a été raconté soit aussi d’un grand intérêt. Je la partage pour tirer une sonnette d’alarme.

Ma famille de 5 n’aurait pas été aussi violentée si la traditionnelle obéissance de l’épouse à sa belle-famille ne perdurait pas encore dans notre société.  Je veux dire celle qui exige que la femme fasse tout son possible pour se faire “apprécier” même si elle est rarement respectée. Certaines femmes doivent supporter les brimades de leurs belles-mères parce qu’elles ont, soi-disant, épousé leurs fils. Avant la solution finale (le recours à la sorcellerie), elles subissent les humiliations les plus perverses et leurs enfants ne sont pas considérés. Ma mère a essayé de jouer son rôle pendant 30ans et elle a failli y laisser sa peau!  Mon père, après avoir été incungu de sa famille (payer les scolarités de tous ses frères et sœurs, et c’est un petit paquet… assurer les soins de santé de sa mère) se retrouve sans famille. J’adore cette mentalité qui veut que le/la diplômé(e) subvienne indéfiniment aux besoins de sa famille élargie, au détriment de ce qu’il a crée avec la personne de son choix…

Je reste persuadée que de nombreux foyers supportent le joug de la sorcellerie, par honte, par impuissance, par foi, allez savoir. Je pense quand même que le tabou doit être levé dessus! Ce n’est pas aux victimes de porter la honte des bas instincts de leurs semblables! La responsabilité individuelle n’apparaît nulle part, trop remplacée par l’ingratitude; ces gens agissent comme si tout leur était dû.

A mes potentiel(le)s détracteurs, je réponds que ce n’est que mon histoire, leur approbation m’importe peu.
A ceux/celles qui seront interpellé(es), merci pour vos commentaires.
This Burudian Life, je vous suis reconnaissante de m’avoir publié.
Aux Burundais(es) (aux Africain(e)s aussi quelque part), à défaut d’accepter les choix individuels, respectez-les et évitez de vivre sur le dos des uns et des autres sous couvert de “la solidarité africaine”.

(Photo par Chris Schwagga et Nelson Niyakire)

KZE vit et travaille à Bujumbura