Je vais commencer par cette formule que je déteste tant… “Je ne sais pas par où commencer”. C’est ce qu’on dit à chaque fois, mais bon cela permet de remplir des lignes pour bien se lancer.

Tu sais, avant, quand j’étais dans le ventre de ma mère, je pense que je ressentais des choses. Certainement, je ne peux me rappeler de ce que je ressentais mais une chose est sûre, je ne pensais pas que le jour où ma mère allait me mettre au monde, j’allais pleurer pour la première fois sur une des milliers des terres de ce monde qui n’est autre que toi, petit Burundi.

Il y a quelque jours, une amie m’a posé cette question, “tu sais pourquoi un bébé pleure quand il arrive au monde?”, ma réponse était toute  banale… “parce que c’est naturel”. Mais elle me révéla quelque chose de pertinent. Elle me dit que le bébé pleure car il sent que la vie est dure, il doit respirer tout seul pour la première fois, il n’est plus connecté directement avec sa maman et ça, ça lui annonce le goût et le coup de la vie sur cette terre.

Eh oui, la vie n’est pas facile, mais toi mon Petit, toi non plus tu n’es pas facile à vivre…
Ne t’en fais pas je ne t’en veux absolument plus sur ce fait là.

J’avais 4 ans ou même moins. Je me rappelle être avec mes tantes, mes cousins et cousines dans un couloir. Les lumières étaient éteintes, la lune ne brillait pas au dessus de toi. Seuls les tirs résonnaient à travers toi. La peur que j’avais quand je pensais que l’ennemi était à deux pas de là où on se trouvait, les frissons que j’avais à l’idée que mon père, ma sœur et une autre cousine roulaient pour venir à nous alors que le danger se baladait à leur rencontre! Mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas prête de t’oublier!

Comment je pourrais t’oublier? Comment je pourrais oublier l’insouciance que tu me procurais en dépit de toute cette hostilité? J’allais de maison en maison, chez les voisins regarder la télé, manger le midi et vice-versa. Je me rappelle quand j’étais petite, je passais par “igitoboro”… Ah lala, ces fameuses portes officieuses, un pur plaisir!
Et grâce à ça, j’en profitais pour aller chez le voisin qui avait un commerce pour me faire payer des cacahuètes, des beignets n’ifanta par ces grandes personnes du quartier qui venaient boire un coup après le travail! Ne t’avise surtout pas de me dire que je suis gourmande! Je ne le suis plus! Je l’ai été mais j’étais juste une enfant sans gêne.

Comment pourrais-je t’oublier petit pays? Comment pourrais-je un jour te pardonner de ne pas avoir et de ne toujours pas pouvoir donner à manger à certains de mes frères? Sérieusement, à un moment donné j’ai cru que jamais je ne te pardonnerais! Je t’ai même regretté. Mais à cette heure où je t’écris, je te pardonne. D’ailleurs, c’est à toi de me pardonner parce que j’ai pensé du mal de toi.

Non tu n’es pas mauvais. Je me rappelle de ces jours-là, de toutes ces fois où des gens ne cessaient de frapper à la porte. Ces braves personnes qui s’organisaient pour récolter des habits pour les démunis, passant de quartier en quartier, de maison en maison, sous le soleil tapant de 14 heures! Ça m’insupportait tellement parce que ça me rappelait toujours que tu étais pauvre, que tu n’achetais ni de chaussures à tes enfants ni de jouets! Je voulais que tu sois riche, plein d’argent pour que tu nous gâtes un minimum. Mais en fait je me rends compte que ta vraie richesse, c’est d’abord ton cœur.  

Ton cœur, nkoramutima kuri Twese.

Pardonne moi petit pays d’avoir douté de toi. Il est temps que je positive. Il est temps que je te fasse confiance et je crois qu’un jour, les bébés quand ils vont naître et pleurer de peur, tu les couvriras d’un drap réconfortant.

J’espère te revoir vite et pendant ce temps là, je te souhaite une très bonne année 2015! Ne t’en fais pas, en Juin-Juillet tuzorugusimbisha! En attendant de te revoir, prends soin de toi, garde ton sourire et ton hospitalité. Je ne pensais vraiment pas t’écrire une lettre jusqu’à ce jour-ci où je me rends compte que tu me manques et que je t’aime de tout cœur.

Avec tout mon amour,

Mika

(Photo par Aristide Muco)

Michaelle Inamahoro vit et étudie à Angers en France.