Ecrit par MRG

Il y a quelques mois, je discutais avec un bon ami à moi. Nous parlions du féminisme. Je vais vous épargner les détails de notre conversation qui fût intéressante et en est arrivée à la partie qui a inspiré ce que j’écris aujourd’hui.

Quand je lui ai dit que c’est la moindre des choses que la loi exige que les hommes et les femmes ayant le même travail et les mêmes qualifications pour un emploi soient payés un même salaire – travail égal, salaire égal, il dit: “oui, ariko ivyo n’abazungu vyarabananiye, urumva si twe twobishobora”. Etonnée, je lui demandais pourquoi les occidentaux seraient notre point de référence dans ce domaine?

Plus récemment, un rapport sur l’inégalité de genre par le World Economic Forum révèle qu’en terme d’égalité de salaires, le Burundi est le numéro un mondial. Je ne sais pas s’il y a une loi à ce sujet, mais vraisemblablement nous avons moins de mal à mettre cette pratique en place! Il n’y a aucun pays au monde ou l’égalité salariale est mise en pratique, mais le Burundi est le mieux placé avec une femme gagnant 83% de ce qu’un homme, faisant le même travail, gagne.

Voyez-vous, autant le sexisme est un problème réel au Burundi et ayant des conséquences plus marquées étant donné le niveau de pauvreté dans notre cher pays, je pense qu’il reste plus une influence coloniale et post-coloniale qu’une réalité culturelle ou institutionnelle du Burundi pré-colonial, ou même pendant l’ère coloniale. J’ai quelques indices qui m’ont conduit à cette hypothèse:

Le premier est l’institution monarchique méconnue des Bakamakare. D’après le livre “Glimpses of African Cultures” cet ordre fut instauré durant le règne de Mwezi Nyaburunga, après les requêtes d’une fille du royaume appelée Ngaye. Cet ordre était composé de femmes sages du Royaume et leur rôle était de conseiller le Mwami dans ses diverses décisions exécutives. Cet ordre serait resté en place jusqu’au règne de Mwezi Gisabo. Serait-ce un hasard qu’elle disparaisse pendant le règne durant lequel le Burundi devint un protectorat? Est-ce possible que ce soit l’une des choses imposées par les puissances coloniales à notre monarchie? Je n’en sais absolument rien, mais la question mérite d’être posée!

Le deuxième est le droit de vote. Voyez-vous, pendant que le Prince Rwagasore planifiait l’Indépendance du pays, il avait une vision d’une monarchie constitutionnelle. On raconte qu’en plus de négocier notre indépendance aux Belges, il a dû lutter pour le droit de vote pour les femmes. Les Belges pensaient peut-être que ce concept était trop “avancé” pour nous ‘pauvres Africains colonisés’.

Le troisième, est qu’il était courant que les filles issues de la famille royale héritent des terres de leurs familles. J’ai lu ceci dans le livre Feodalité au Burundi écrit par un ancien administrateur Belge du Burundi. Je me dis qu’il devait s’y connaître un peu en terme de pratique foncière au Burundi de l’époque. Aujourd’hui gutorana est encore débattu et nombreux sont ceux qui donnent (à tort) la culture comme raison contre. Heureusement que par définition, la culture change, et comme elle a changé depuis la monarchie, espérons qu’elle changera encore.

Le dernier est que les filles et femmes Burundaises ne sont pas obligées de porter ni les noms de leur pères, ni ceux de leur maris. Celles qui ont ces noms de familles sont le fruit de notre histoire coloniale et/ou d’un besoin de conformité. Sinon une fille ou femme Burundaise a droit à son propre nom, sa propre identité et non rattachée à celle d’un homme… du moins pas par son nom!

Comme je le dis au début, ceci n’est qu’une hypothèse; mais mon expérience et mon intuition me font penser qu’elle pourrait être confirmée. Ceci dit, j’encourage tout chercheur(se) à plonger dans ce sujet et nous partager ses résultats. Détrompez-vous, je ne pense pas que le Burundi est l’eldorado ultime pour les femmes, mais comme le dis mon homonyme dans son article “Paint it“, à force de peindre une mauvaise image de notre pays, nous sommes convaincus qu’on est les pires dans tous les domaines… excepté les tambours…

Il est peut-être temps de se ré-évaluer et voir où nous sommes dans des positions enviables par rapport au reste du monde, et travailler dur pour maintenir ce standard. Ces forces cachées, ces avantages comparatifs, pourraient être utilisés pour nous faire avancer dans les domaines où nous sommes effectivement les derniers de la liste.

Ntavyo kwisuzugura, tumenye ico dushoboye!

A bon entendeur…

(Photo par Rosalie Colfs)

MRG vit à Toronto au Canada, et tweet @msmiraiga

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