Par Chris Harahagazwe

Heureuse coïncidence en cette fête catholique du Christ-Roi. J’avais décidé de visiter ce dimanche 23 novembre les jeunes mamans du parti MSD en prison. Or la lecture du jour nous enjoint de visiter les prisonniers. Les jeunes mamans m’ont tellement fait de la peine. Parties de chez elles un samedi ensoleillé du 8 mars laissant des enfants en bas âge et se retrouvant attaquées à l’arme de guerre, jetées dans la puanteur et la promiscuité de Mpimba, et enfin condamnées à de lourdes peines allant de la perpétuité, à 20 ans, 10 ans, 5 ans. L’évangile proclame le cahier des charges du Christ : J’avais faim et vous m’avez nourri… j’étais prisonnier et vous m’avez visité.

Pierre-Claver Mbonimpa, au sortir de la messe de St Michel, m’avait indiqué il y a deux semaines quelle personne contacter pour voir les mamans. Après la messe je me rends à Mpimba.  Longue liste d’inscription au portail. Remise des téléphones aux gendarmes et j’entre dans les  geôles  de Mpimba. Mandela visitant cet horrible établissement en 1997 a demandé à l’élite politique et sociale réunie à Kigobe: Existe-t-il au Burundi des gens qui croient en Dieu pour enfermer des êtres humains dans ces terribles conditions?

Je les embrasse une à une. Je me présente. Je leur dis toute ma peine devant la terrible injustice qu’elles subissent. De jeunes mamans qui ont cru en la démocratie et ont cru exercer leur droit constitutionnel d’association politique et de réunion.  Je leur ai dis que j’aurais voulu mobiliser toutes les mamans du Burundi  et de la diaspora,  de l’East-Africain Community et du monde mais que ma famille me l’a interdit craignant pour sa vie. J’étais prêt, leur dis-je, à payer le prix personnel mais je ne peux engager la vie de ma famille qui me l’interdit. Je leur dis que puisque je ne vais pas les rejoindre en prison, je me mets à leur disposition si je peux être utile en quoi que ce soit.

Je leur demande si le moral est bon. Il y a des hauts et des bas, me répondent-elles. La plus jeune, Nadine, une étudiante, me semble désespérément triste.

–  Toi tu sembles déprimée, lui demandé-je. Elle sourit avec la timidité d’une jeune fille. Condamnée à perpétuité à l’âge de 20 ans.

– Celle-là est toujours déprimée, intervient Gertrude. Une mère d’un enfant de 3 ans, condamnée à perpétuité.

– Courage ma chère Nadine! Il ne faut pas déprimer. Tu dois résister pour ne pas donner une victoire aux forces du mal qui t’ont fait subir une telle injustice.

Nous discutons  de nos familles. Je leur remets mon colis de visite. Je parviens à leur faire une blague qui les fait beaucoup rire. Elles se répandent en bénédictions : Vous nous avez rendues si heureuses. Dieu vous bénira.

– C’est exactement l’évangile d’aujourd’hui leur dis-je. J’étais prisonnier et vous m’avez visité.

Et les jeunes mamans se lancent sur le commentaire du prêtre qui a dit la messe.  Ce percutant évangile sur l’essentiel de l’enseignement du Christ: le service aux autres et aux plus pauvres. Nous nous embrassons chaleureusement et je prends congé. Pour une fois, j’ai une immense mansuétude pour un régime qui condamne de jeunes mamans innocentes. “Seigneur pardonne-lui il ne sait pas ce qu’il fait”.De telles terribles injustices incitent les jeunes à prendre les armes mais la violence ajoutera le mal au mal. Seule une résistance non violente peut libérer le pays sans sacrifier des centaines de milliers d’innocents à la burundaise. Je ne parle pas des étudiants, des fonctionnaires, artisans, commerçants. Eux c’est le prix de leur lutte. Mais une maman est sacrée. On ne peut pas y toucher. C’est un malheur que des mamans soient emprisonnées, c’est un drame de les laisser croupir dans la puanteur de Mpimba sans que les hommes et les femmes de bonne volonté réagissent et se mobilisent pour leur libération comme le monde l’a fait pour Pierre-Claver Mponimba jusqu’à Obama. “La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien” dit Albert Einstein.

Je rentre heureux d’avoir donné le sourire à de jeunes mamans qui ne méritent pas la puanteur, l’insalubrité, la promiscuité et l’interminable ennui de Mpimba.

(Source de l’image: burunditransparence.org)

Chris vit à Bujumbura et est un militant des droits de l’homme et membre fondateur de la ligue des droits de l’Homme Iteka

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