Par Amahoro Iwacu

Il était une fois, un Burundais avait un niveau de vie supérieur à celui d’un Rwandais.

Comme on dit, une image est souvent plus parlante qu’un long récit.

Pour éviter toute polémique inutile, je me suis gardé d’exposer ce qui, à mon avis, expliquerait la chute vertigineuse du niveau de vie qu’on observe du côté burundais et l’ascension fulgurante de celui du Rwanda. Aux uns et aux autres, fidèles lecteurs de TBL, d’en esquisser dans les commentaires et ceci dans la sérénité et la courtoisie car Dieu sait combien la comparaison de nos deux pays, qualifiés de “faux” jumeaux, suscite souvent des réactions passionnées.

Je me contenterai ainsi de souligner quatre faits marquants qui apparaissent sur la figure :

  1. En 1990, première date à laquelle les données sont disponibles, le niveau de vie d’un Rwandais moyen n’était que de 81% de celui de son voisin du Burundi.
  2. Le niveau de vie du Rwanda restera inférieur à celui du Burundi pendant six années consécutives, c.-à-d. : de 1990 à 1996 [sans parler de 1994, année du génocide comme chacun le sait, pendant laquelle le Rwanda touchera le fond, économiquement humainement].
  3. Ces rapports s’inversent véritablement à partir de 2000 avec un écart sans cesse grandissant au point que le niveau de vie d’un Rwandais soit devenu en 2013 près du double de celui d’un Burundais moyen. Le rapport est de 1,88 exactement.
  4. Ainsi, de façon absolue, le niveau de vie d’un Burundais s’est détérioré de presque 30% entre 1990 et 2013 en passant de 1050,54 $ à 746,08 $ (i.e. : le Burundais de 2013 est plus pauvre que celui de 1990 !) pendant que celui de son voisin Rwandais a augmenté de presque 65% sur la même période, passant de 855,67 $ à 1405,52 $.

Quelles leçons peut-on tirer de ces constats? Pour ma part, il y en a une qui me paraît évidente, à savoir que rien n’est impossible: si le Rwanda a pu se relever, notre pays est capable d’en faire autant et surtout, même si nous avons tendance à l’oublier, il apparaît clairement qu’il fut un temps où notre pays faisait mieux que notre voisin.

Un mot enfin sur la source et le choix de l’indicateur représenté ci-dessus s’impose. Il s’agit du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat (PPA) et en dollars constants de 2005 compilé par la Banque mondiale (http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.PP.KD). C’est le meilleur indicateur auquel font appel les économistes pour comparer les niveaux de vie dans l’espace et dans le temps. L’avantage de la parité de pouvoir d’achat (PPA) tombe sous le sens: la PPA permet d’exprimer dans une même unité les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Elle nous donne le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même panier de biens et services. Ceci est évidement utile car, au fond, ce qui importe n’est pas tant la quantité de dollars dont dispose un Burundais ou un Rwandais mais plutôt la quantité de biens et services qu’elle permet à l’un et l’autre de s’offrir.

Amahoro Iwacu vit et travaille en France

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