Par Khélia Inabuso

Dernièrement je lisais sur ce blog un article qui, d’une manière assez claire nous décrivait le concept d’Ubushingantahe, une valeur grâce à laquelle le Burundi a pu devenir une nation forte et relativement stable durant des siècles.

Je me suis demandé ce qu’il en était d’Ubuntu aujourd’hui au Burundi? N’étant pas sûre de faire un distinguo assez formel entre les deux concepts (Ubushingantahe n’Ubuntu), je me suis permise de porter mon regard sur la valeur d’Ubuntu

Ma définition personnelle que je donnerai à Ubuntu serait “un ensemble de valeurs intrinsèques que possède une personne et qui garantissent à cette dernière l’intégrité, le respect des autres, la loyauté, le savoir-vivre,…”. Kugira ubuntu c’est cette capacité de ne pas ternir son image, rester fièrement accroché à ses propres principes et ne pas céder à une quelconque influence négative.

Pour revenir à notre chère société burundaise, force est de constater que suite à une interaction de plusieurs variables comme la guerre, la pauvreté, le modernisme, gushaka kumera nka naka,… tout cela a donné lieu à une société en mal de valeurs, une société où le “MPEMUKE NDAMUKE” est aussi un moyen et même un art pour certains de réussir facilement et rapidement.

Au Burundi, aujourd’hui plus qu’hier on donne sa jeunesse au premier venu contre une poignée de billets, la corruption est monnaie courante, on change d’idéologie autant de fois que la tournure politique l’exige, on spolie les biens des autres pour devenir plus riche et être reconnu en tant que tel… et le comble est que contrairement à notre ancienne société, les personnes qui font cela sont souvent hissées en héros. Nta kizira kigihari: ubu la fin justifie les moyens, ce qui est vraiment dommage!

Mais aussi, en dépit des hypothétiques variables citées ci-haut comme causes du dérèglement, sinon de la désorientation de notre société, ne faudrait-il pas chercher le pourquoi dès la base?

En effet, la stricte éducation qui faisait la fierté de nos aïeuls et qui constituait une garantie pour chaque parent quant à la réussite de sa progéniture dans la société semble se consumer petit à petit. L’on n’éduque plus ses enfants pour être abana b’ubuntu mais plutôt l’on se tue à leur faire comprendre qu’ils devront réussir à tout prix. De toutes façons celui qui sera respecté c’est celui avec les moyens plutôt que l’autre qui, tout en étant honnête, mène une vie simple sans signes extérieurs frappants.

Sans pour autant être l’oiseau de mauvaise augure, il serait temps que nous ressaisissions l’immense héritage de nos ancêtres quant aux valeurs propres même à un Murundi, l’Ubuntu étant, je pense, l’une des plus précieuses. Sinon nous risquons de connaître le sort de ces sociétés où la recherche du confort personnel a pris le dessus sur les relations humaines.

(Photo par Arnaud Gwaga Mugisha)

Khélia vit à Bujumbura.

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