Par Reynolds Butari

J’ai longtemps hésité, et surtout résisté, avant de poster ce message. D’abord parce que je n’aime pas parler de politique surtout s’il s’agit de mon pays (la politique nous a causé trop de problèmes), que ça risque d’être mal interprété et surtout que ça gâche l’ambiance. Mais au final je me suis dit que ça pourrait aider certains à ouvrir les yeux surtout la jeune génération qui n’a pas connu la guerre.

Pour ceux qui n’auront pas le temps de tout lire je résume: je parle aux gens qui prêchent (ou qui me semblent souhaiter) un “soulèvement populaire”, la guerre, la confrontation. J’essaye de rappeler les coûts de la guerre (on dirait qu’ils sont amnésiques ou alors qu’ils ne savent rien proposer d’autre), et l’indifférence de la communauté internationale que nous chérissons tant dans notre pays. Et je parle aux jeunes: “méfiez-vous de ces gens qui prêchent le martyr mais qui rêvent de vivre très longtemps”. Bref ne vous laissez pas manipuler, soyez vigilants et réalistes!

Bon, entrons dans le vif du sujet.
En ce moment il y a un désir de changement dans mon pays. La crise, la pauvreté et le désespoir sont à un point que les gens veulent que les choses changent tout de suite, genre qu’il y ait une révolution. Le désir de changement est vraiment légitime, nous voulons tous vivre mieux et souffrir moins. Mais je vous en supplie ne confondez pas le changement à la guerre ou à la révolution! Car je vois beaucoup de gens qui appellent à la confrontation, à aller dans la rue, à se battre, etc.

Pour ceux qui ont connu la guerre, laissez-moi vous rappeler certaines images que vous avez peut-être oubliées. Rappelez-vous les maisons brulées, les routes coupées, pas d’eau, pas d’électricité, toutes les boutiques fermées, pas d’approvisionnement, les eaux usées dans les caniveaux, les radios à pile, les bougies, les pillages, les viols, les orphelins cherchant leurs parents, le HCR qui distribue des biscuits vitaminés ou protéinés, les cadavres dans les rues, des récits atroces de survivants, des gens qui portent des matelas et des casseroles sur leurs têtes sur les routes en direction des frontières les plus proches… vous voulez que tout ça se reproduise? Et ça ce sera le quotidien pendant au moins deux ans si on est chanceux! A la fin on aura détruit tout ce qu’on a construit depuis l’indépendance: les routes, les hôpitaux, l’aéroport, les écoles, notre chère Brarudi (dieu nous garde)… Il faudra enterrer les morts, pardonner, se réconcilier, reconstruire (encore), négocier, transition, élections, et encore des luttes internes pour le pouvoir,… un cycle infernal. Vous connaissez la guerre et ses suites!

Et la communauté internationale?
C’est un peu comme dans les films. Dans l’urgence ils ne sauvent que leurs ressortissants et leurs intérêts, ou d’autres cadres ou hauts placés qui travaillent en collaboration avec les institutions internationales. Il y aura peut-être deux ou trois reportages de la BBC ou France 24, de dix minutes chacun, sympathisant la cause de l’un ou l’autre camp, les reporters seront peut-être primés pour avoir bravé autant de dangers. De toute façon, dans les autres pays, les gens qui regarderont ces reportages seront plus préoccupés par la relation de Rihanna et Chris Brown que de ce qui se passe au Burundi et puis ce sera comme partout ailleurs.
Et si jamais les fameuses Nations Unies ou l’OTAN ou l’UA venaient à notre secours, vous pensez que leur drones sauront reconnaitre tes cousins, tes parents, tes oncles, tes camarades de classe, ou tes collègues? Vous pensez qu’ils se diront qu’il ne faut pas bombarder ta maison? Sincèrement qu’espérez-vous de la communauté internationale?

Regardez la Libye, la Côte d’Ivoire, le Congo voisin, le Sud Soudan, la RCA, etc… tous ces pays brûlent et ils s’en foutent royalement!
Pour ma part ce ne sont que des fonctionnaires très bien payés qui vivront dans des gros compounds bien équipés super protégés (barbelés, hélicos, cameras, la totale,…), avec des groupes électrogènes super puissants pour éclairer et climatiser leur bureaux; une connexion internet directement reliée au satellite genre télécharge un film en deux minutes; des grosses jeep blanches avec un gros UN sur les côtés et une grosse antenne devant, escortées par des pickup hyper équipés. Rappelez-vous des Sud-africains – les Saouza comme on les appelait; ils étaient bien payés, bien nourris, bien logés, circulaient dans des grosses voitures, ne faisaient que draguer les filles, bref des grandes vacances! Vous pensez que leur but était de mourir au Burundi? Ou de se battre pour la cause de qui que ce soit?
Tout au plus ils peuvent écrire des rapports sur le nombre de morts, et l’état de la démocratie et des droits de l’homme, distribuer des vivres et des médicaments… ils feront des enquêtes et écriront encore des rapports qui diront que notre pays n’est pas fréquentable parce que les gens sont entrain de s’entretuer pour prendre le pouvoir… Et quand il faudra sanctionner, tout au plus ils interdiront a un petit groupe de privilégiés de voyager en occident, mais personne ne vengera les tiens, ou ne te fera justice! Tu auras perdu le temps nécessaire pour t’éduquer plus et devenir quelqu’un!

Quel est mon message? Faites tout sauf la guerre, nous n’avancerons jamais de cette façon-là! Dialoguez, communiquez, posez des questions, soyez curieux de votre histoire, prenez le temps de réfléchir à d’autres solutions pour améliorer votre sort. Ce n’est peut-être pas toujours la faute des autres si on n’avance pas! Je vais finir par la citation préférée de mon meilleur ami: “Stop blaming others. You are as happy or miserable as you choose to be”

Merci d’avoir pris le temps de lire.

Reynolds vit et travaille à Bujumbura.

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