Par Kaneza

Ce que je m’apprête à dire risque de choquer certains, mais peut-être d’autres verront en moi une source d’inspiration…

Il y a 5 ans, j’ai été victime d’un viol et je fus agressée par quelqu’un de ma famille.

Je n’osais pas le dire ni me confier parce que j’avais honte et peur. Je me disais que c’était de ma faute donc je ne devais pas me plaindre. Je me suis donc tue (erreur). J’avais peur de ne pas être crue par les miens et d’être rejetée par ma famille, ou pire encore, d’être mariée à mon agresseur. J’ai passé 3 ans à me demander comment faire pour m’en sortir, sans le dire à personne. Nari mba mu Burundi et je n’avais jamais entendu parler d’organisme qui vient en aide aux victimes d’agressions sexuelles. Je ne savais vraiment pas quoi faire pour m’en sortir, d’autant plus que j’étais jeune; bref, I was lost.

Je me suis confiée pour la première fois à ma meilleure amie qui m’a rassuré. C’était la première fois que j’osais le dire et pleurer devant quelqu’un. Quelques temps après naciye mva mu Burundi et c’est là que j’ai rencontré des personnes qui m’ont soutenu, qui m’ont fait comprendre que j’avais le droit d’être en colère, que ce qu’on m’a fait subir était atroce et que personne ne devrait vivre cela!

Après l’agression, mon regard envers les hommes a changé (ni ibisanzwe, vu ivyanshikiye): je les voyais tous comme des monstres qui ne sont capables que de faire du mal. Je n’arrivais plus à faire confiance à personne. Pendant ces moments, j’ai commencé à m’en prendre à moi même. J’ai essayé plusieurs fois d’en finir avec ma vie, ce qui est mal vu parce que je suis chrétienne et ma religion me l’empêche.

Aujourd’hui, j’essaie toujours de m’en sortir. Chaque jour est un combat car une seule phrase peut me ramener dans les pires moments que j’ai vécus étant jeune, mais j’ai la chance d’avoir un ami que je peux appeler pour lui dire que ça ne va pas et mon ami comprendra et tentera de m’aider autant qu’il peut.

Je sais que j’ai la chance de vivre dans un pays où j’ai accès à de l’aide et qu’au Burundi il n’y en a pas tellement. Cela n’empêche pas de pouvoir se confier à un ami ou une amie: ce qui est important c’est de briser le silence et de ne pas rester toute seule dans cette souffrance qui détruit physiquement et mentalement. Si tu vis ou tu as vécu une violence physique ou sexuelle, ne reste pas tout seul, confie toi à quelqu’un et laisse la personne t’aider. Je sais que je vivrai toute ma vie avec la cicatrice de cette violente agression, mais maintenant je sais que je ne suis plus seule et que je peux compter sur l’aide de mes amis (ma famille n’en sait encore rien, et pour le moment ils n’ont pas besoin de le savoir. Ce qui est important pour l’instant c’est moi et mon bien être). 

S’il te plaît, où que tu sois, si tu as vécu ou si tu vis des violences physiques ou sexuelles, prends en main le peu de courage qu’il te reste et brise le silence pour ton bien, car tu es important et sache qu’il y a au moins une personne qui sera de tout cœur avec toi, qui priera pour toi et te comprendra.

Aujourd’hui, j’ai 19 ans (j’ai été violée à 14ans). J’ai quand même réussi à mettre des mots sur ma douleur et en parler doucement. On m’a expliqué que je vivais un choc post-traumatique: j’ai peur umwanya wose, je me méfie de tout le monde, je vois les hommes comme des monstres maléfiques, des fois je ne veux plus vivre et je m’en veux parce que je me dis que c’est ma faute si j’ai été violée. Je vous avoue que ce n’est pas facile mais j’ai décidé d’écrire pour dire à ceux et celles qui souffrent dans le noir d’oser au moins se décharger sur l’épaule d’un ou d’une amie car en bout de lignes LES VICTIMES DE VIOL ET D’INCESTE N’ONT RIEN FAIT POUR MERITER DE TELLES ATROCITÉS!

(photo par Chris Schwagga)

Kaneza vit et étudie au Canada

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