Par Umuarrivage

Après des heures de vol interminables, on arrive enfin, la tête encore dans les nuages et sans aucune notion du temps. Ça y est, c’est le retour à la maison, twatashe! Et le cirque commence…

La première journée en ville, je rencontre tout le monde. D’abord, ceux à qui je parle à peine (voir jamais) là-bas. Lieu de rencontre, le Face @ Face (eh oui, il faut kuvunjisha amahera). Ils me lancent un petit: Ehh, tu es là? Waje ryari? It’s so good to see you! – J’appelle ce moment la démonstration de trilinguisme. Je réponds que je suis là depuis quelques jours, nous échangeons nos numéros et faisons des plans qui n’auront jamais lieu. La route continue. La ville n’a pas changé. Un tour vers l’avenue de la mission et on est parti pour un petit déjeuner…

Là, je dois vite respirer un grand coup, parce que le pire arrive. Quelques secondes (je n’exagère pas) après qu’on ait pris une table, les connaissances s’approchent. Yoo, wa mwana wo kwa *insérez le nom de famille/prénom du père*, waravyibushe! Urabona ingene usigaye ungana?! Mbega ubona umugabo uzomuronka gute?! Ma réponse initiale serait un comeback en bonne est due forme, mais je me rappelle vite qu’il faut rester umupfasoni et ma mère qui me connaît bien garde sa main sur mon épaule pour me rappeler à l’ordre. Alors j’esquisse un sourire poli tout en essayant de fusiller mon interlocuteur du regard. C’est peine perdue, il n’a rien compris. LA question arrive: None ukora iki harya? À ce moment, tu DOIS répondre que tu es aux études, ou alors que tu es vraiment sur le point d’y aller. Surtout attention, n’ai pas le malheur de donner un autre domaine que le droit, la communication, le business, ou alors (gloire familiale!) LA MÉDECINE! Je réponds à l’affirmative et il me tapote la tête comme pour dire, “bravo, tu as passé le test”. Je me demande en silence quelle importance tout cela peut bien avoir si manifestement le but de mon existence en tant que femme est de rester assez mince pour trouver un mari, mais je me pose la question depuis trop longtemps et je n’ai jamais trouvé de réponse. En plus, la journée n’est pas encore finie…

Il est midi, nous rentrons à la maison. La musique de fond, ce sont les nouvelles à la radio: un cadavre à été retrouvé dans un caniveau, une maison a été cambriolée, un soldat en état d’ébriété a brusquement commencé à fusiller le monde autour de lui, et bien sur, pour boucler la boucle: le gouvernement promet que les criminels seront arrêtés. En d’autres mots, l’affaire est close. Là-bas, un seul de ses sujets ferait la page pendant des mois, avec un retour sur la question chaque année. Vous me direz, pays différents, moeurs différentes? Il n’empêche que quelque chose sonne faux!

Il fait beau, je n’ai pas à prendre de métro aujourd’hui, mon réveil ne sonnera pas demain. Je devrais être contente et je le suis, mais je suis entre deux mondes et la réalité me gifle…

La vie est belle… Les bières couleront à flot, les bouteilles de champagne aussi. À l’heure du Happy People, tout le monde sortira LE outfit préparé des mois à l’avance… Et le Burundi n’aura pas changé. On évitera tous de rentrer à l’année des élections et quand nous y retournerons l’année d’après, on se retrouvera tous à soupirer Oh mon dieu (ou Oh my god pour les trilingues) rien ne change ici!, sans se demander pourquoi…

(Source de la photo: akinyiadongo.wordpress.com)

Umuarrivage vit et étudie au Canada

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