Par Dita Von

Cet après-midi là, je voyais ma copine Sandra. Elle est burundaise comme moi et allait se marier. Elle m’avait choisi comme marraine. Nous devrions régler les derniers détails car le jour “J” approchait dangereusement. Elle arriva dans mon salon et s’effondra. Je l’ai ignoré. Je déteste les pleurnicheuses et Sandra le sait! Je suis allé faire autre chose en attendant qu’elle se calme. Je lui avais déjà dit que préparer un mariage c’était difficile alors, j’en avais marre de ses crises de larmes pour un oui ou pour un non de ma part ou de la part de sa famille.

Enfin, elle sécha ses larmes et vint me retrouver. Elle éclata: “Je ne suis pas une pute! C’est pas parce que mon copain ari umuzungu que j’en suis une!” J’ai levé les yeux de mon ordinateur et j’ai éclate de rire. Oui, mumbabarire mais je n’ai pas pu m’en empêcher…

Voyez-vous trois ans avant cela quand j’ai dit la même chose à Sandra, elle a rigolé à en perdre le souffle et m’a répondu: “None ukamuheba nimba udashaka ko abantu bakwita imaraya? C’est plus simple non?” Simple mais rien n’est jamais simple en soi. N’ubuzima buragoye ngo none ndavyoroshe mu kumuheba? Aho n’ubugenzi bwacu bwarahatswe guhera si je ne la connaissais pas si bien.
A cette époque, je venais de rencontrer mon copain. Je ne l’ai pas rencontré en boîte de nuit mais à une soirée chez mes amis (je tiens à le préciser kuko ico kibazo narakibajijwe kenshi). Cela faisait quatre ans que je papillonnais #JaiLeDroitJePense. Je ne vivais pas d’histoires fixes: je n’avais ni le temps ni l’envie mais à un certain moment, j’en ai eu marre et j’ai voulu une histoire stable. Le courant passait entre nous deux; certes ce n’était pas Brad Pitt mais il me plaisait bien. Très vite, nous sommes sortis ensemble et c’est comme si j’ouvrais la boîte de Pandore.

Chaque fois que je sortais avec lui pour aller au marché ou se promener, je me faisais interpeller par toute sorte d’individus: “Eh! Wa maraya we… Waronse umuzungu?” “Abarundi wabahaze…” “Ehe ndabira iyo maraya ukuntu igenda. Mbe wibaza ngo usumvya abandi iki?” Ils nous suivaient partout et cela pouvait durer une heure. Je ne me suis jamais retournée pour voir ou identifier ces personnes. Je continuais de marcher tout droit comme si de rien n’était. Mon copain me demandait ce qui se passait et je ne lui disais rien. J’entrais en colère une fois arrivée à la maison. Mon copain, cela le révoltait mais il ne pouvait rien faire. Gueuler? Arwane? Les choses risquaient de s’aggraver. Au début, je croyais que cela s’arrêterait parce que nous étions dans une petite ville de campagne mais je me trompais. Je pensais qu’à Bujumbura dans la capitale, ce serait différent. Non, ce que j’entendis à Buja me laisse un souvenir triste et amer. Il suffisait que nous prenions à pied la route qui descend du Café Gourmand, passant devant les kiosques Brarudi jusqu’à l’IFB pour me faire haranguer par toute sorte de personnes.
“Wa maraya, mumbwire umuzungu aduhe amahera? Aho ntiwomubwira akagura umuduga? Warabonye imaraya y’umuzungu igenda n’amaguru?” Les gens vont penser que j’exagère mais c’est vrai. Le plus dur a été de rencontrer cette mère bien habillée dans son pagne rouge, des bijoux en or qui m’a salué avec politesse et m’a sorti cette phrase: “Urahiriwe wewe ufise umuzungu…Amahera ntayo ubuze…” Le reste de la phrase, j’ai honte de l’écrire ici.

Ma ville, je ne la reconnaissais plus… ni mes amis. J’étais devenue la poule aux œufs d’or ou la pute. Je n’osais plus sortir avec lui que seulement le soir. J’en avais marre de me faire traiter de pute et même si j’en étais une, j’ai le droit d’aimer non?! A un certain moment, tu te dis ce sont des gens que tu ne connais pas et qui ne voient pas plus que les œillères par lesquelles ils regardent la vie, mais quand cela commence à se murmurer parmi tes amis ou ta famille: là, tu souffres et tu te sens seule… Le jour où j’ai mis sur Facebook que j’étais en couple n’umuzungu #OhLaGaffe, j’ai eu des commentaires du genre: “Ubumaraya wabutanguye ryari?” “Ikibazo c’amahera kirakemutse!” “Nico gituma utasubiye kuvugisha abantu” “Ni aho usigaye ukorera?!” “Kura ubusutwa ngaho!” J’ai personnalisé le statut et le nombre de mes amis est descendu de 269 à 109. J’en ai effacé, j’en ai bloqué sur Facebook et dans la réalité, ma vie s’en ai trouvée changée. De fait, j’ai trouvé la réponse à ma question: “Pourquoi les burundaises qui ont des maris blancs ont très peu d’amis?”

Quand j’ étais petite, ma tante décédée avait un mari blanc et avait restreint son cercle d’amis. Quand je posais la question, on me répondait: “Abazungu ntibakundana.” C’était faux: c’est juste que ta famille ou tes amis changent d’attitude envers toi. Tu es traitée comme une pestiférée jusqu’à ce qu’il devienne ton mari, puis une fois mariée, tu deviens la FMI de ta famille.
Rigolez si vous voulez mais ta famille pense qu’avec ton mariage, tu as signé un contrat avec la Banque Mondiale ou que la Reserve Federal Bank a ouvert un coffre fort chez toi et tu as droit à des phrases du genre: “Umugore w’umuzungu ntafata bus, ntagenda n’amaguru, yama afise au moins 30 milles sur elle, niwe asorora musohotse, yirigwa en Europe, muri côtisation y’ishure canke yo ku kazi niwe ategerezwa gutanga menshi, aba i Kiriri mu nzu ifise piscine, ntatira, ntaco abuze…” Il est vrai, la vie devient plus confortable mais moi, j’en connais des familles burundaises qui roulent sur l’or et effectivement, une de mes copines dont la famille est riche m’a fait remarquer que je vais au Café Gourmand kubera mfise umugabo w’umuzungu ko wewe adashobora kujayo. I was astonished! Oh, la pétasse! (ambarire quand elle va lire ceci) A ses 18 ans, son père lui a offert une jeep Toyota Fortuner et elle prétend qu’elle ne peut pas entrer au Café Gourmand?! Cherchez l’erreur… J’ai passé plus d’une année sans lui parler et même aujourd’hui, elle ne sait pas pourquoi.

Heureusement que mon père m’a soutenu. Il nous a élevé à la dure, notre mère étant morte quand nous étions jeune. Il m’a avoué que tel ou telle l’avait appelé pour le “prévenir” que je “trainais” avec un blanc. A mes tantes et à ses amis, il a rétorqué: “Aho rero ku mukobwa wanje nimuveko, nimwururuke!” Tous ces gens, je les ai invités le jour de la dot et du mariage – tradition burundaise oblige #HypocrisieDufiseIrarenze. Mon mari était horripilé de les voir à nos fêtes. Qu’est ce que je pouvais y faire? On ne choisit pas sa famille mais maintenant je sais qu’on peut vivre sans ou en ayant le minimum de relations exigés par la politesse. Même mon père a fait le tri en train ses amis car avec un gendre blanc, il est devenu aux yeux de certains le président de la Banque Mondiale.

Après avoir rigolé, j’ai dit à Sandra: “Tu vas devoir mûrir ma grande parce que cela n’est que le début, prendre sur toi-même et accepter de voir le vrai visage des gens. T’en fais pas, tu en survivras. Entre certains amis de ton mari qui vont te regarder comme une mendiante à certaines fêtes, et ta famille qui pense que tu chies de l’or, tu sauras ce que c’est être umugore w’umuzungu.”

Maintenant, elle a appris à vivre avec et nous en plaisantons souvent de toutes ses préjugés parce que nos sourires sont nos armes et le reste du Burundi, nous nous fichons royalement de ce qu’il pense! Ego, ndi umugore w’umuzungu, si vous avez un problème avec cela, tant pis!

(Photo source: cassiamovingforward.tumblr.com)

Dita Von vit et travaille a Bujumbura

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