Une femme…

J’ai une très bonne nouvelle à vous annoncer. Excusez moi de vous le dire de cette manière, mais comprenez moi mes cher(e)s, je me marie ce Samedi. En Août, le mois parfait pour se marier vous me direz. Les élèves sont en vacances, et c’est la période de tout genre de cérémonies à la burundaise.

Les préparatifs vont bon train, tout est presque parfait, mais ouf que ça a été dur pour moi et mon chéri. Tout d’abord, je dois vous avouer que je me marie par amour, et que quand à la commune et à l’Eglise on me demandera si ndongowe ata gahato je dirai oui. Mais alors un immense OUIIII!

Malheureusement je ressens un petit chagrin car je pense que je ne sourirai pas le jour de mon mariage. Je sais c’est triste…. Non? Mais bon je ferai un petit effort pour les photos quand même, il faut qu’elle restent resplendissantes! Jour spécial, beaux souvenirs obligés.

Je vais vous raconter brièvement pourquoi je ne sourirai pas. Mais je commencerai par le début de ma belle aventure.

Quand j’ai connu mon homme, j’ai tout de suite su que c’était le bon. Ntimuntwenge ndabasavye! C’est un homme merveilleux. Je pourrai passer toute ma vie à vous parler de lui : tellement il est grand, tellement il est beau, tellement il est musclé, tellement il est séduisant…

Après la fin de l’école secondaire, je me suis inscrite en faculté de droit à l’université du Burundi. Cette année je termine. Pendant mes études, j’ai dû faire quelques petits boulots, histoire d’avoir un peu d’argent en plus de la bourse de l’Etat. Il y a trois ans, j’ai eu un petit job, qui consistait à aller faire une enquête pour une étude à Makamba. C’est là que j’ai rencontré mon futur époux, fils de commerçant de Makamba. Il travaillait aussi comme enquêteur, il était en dernière année de faculté de gestion et administration à l’université Lumière. Ça a été un moment magique. Je le vois encore dans cette chemise blanche avec son jean qui était un peu trop petit pour sa taille – je dois l’avouer – mais qui ne lui enlevait rien de son charme. Mon amour est un adonis… Ntimupfuhe ariko! On a fait connaissance, trois mois après, il m’a demandé si je voulais bien devenir sa copine, chose que j’ai acceptée car sous le charme depuis le début… Et puis j’avais 23 ans, je pouvais me le permettre – je ne faisais rien de mauvais – mes parents étaient au courant, je n’avais rien à cacher. Je savais toutefois que la priorité était mes études. Aujourd’hui il travaille dans une ONG depuis qu’il a fini ses études. Il a une bonne situation.

Et voilà, il y a un an qu’il m’a demandé si je voulais faire chemin avec lui. Oooh que j’étais heureuse! Et pourtant j’aurais dû m’en douter, vu la manière dont il me regardait. Plus encore, ce jour-là, il m’a emmené au restaurant kw’Isango alors que d’habitude yanjana kwa Gérard iyo yaronse amahera, atayaronse naho akanjana kurya akabrochette ahantu hasanzwe gose.

Ce qui m’a enlevé le sourire c’est l’organisation de mon mariage. Je pensais que ça serait facile mais cela a tourné en un vrai cauchemar. Je ne peux pas vous raconter toutes les disputes entre moi et mon chéri. Je ne veux pas non plus évoquer toutes les pressions de nos familles. Je vais vraiment passer les détails.

Heureusement que mon homme a pensé à tout, et qu’il a économisé pour une belle fête. Donc la question des dépenses n’était plus. En plus ce n’était pas un mariage à la hâte, on a eu le temps de tout préparer.

Dès l’annonce de ma demande de mariage, les ennuis concernant l’organisation ont commencé. Tout concourait à rendre la vie dure à moi et à mon fiancé. Pourtant le mariage est un événement heureux et est censé être le plus beau jour de notre vie. Le mariage ne célèbre-t-il pas l’amour?

Il a fallu constituer notre comité de mariage. Oooh un vrai casse-tête! Il fallait impliquer nos familles et nos amis. Comment gérer tout ça?

Mon chéri m’a donné feu vert pour le choix. Il est tendre et n’aime pas me contrarier. Je lui ai donné la liste des membres. Et là, début des problèmes! A chaque réunion du comité, il faut payer des verres. Les membres du comité veulent ajouter d’autres personnes dans le comité. Pour quel motif ? Parce qu’ils vont contribuer considérablement au niveau financier. Le choix de ma marraine a été rejeté en bloc par le comité, car jugée trop pauvre et n’ayant pas de voiture, “elle ne pourra pas t’aider avec les courses du mariage”. Je déteste cette manière dont le comité veut nous obliger tout ce qu’on doit! C’est notre mariage, non?!

Je dois avouer qu’au-delà des tracasseries du comité, nos familles ne nous ont pas tellement facilité la tâche. Les exigences de mes parents, celles des parents de mon fiancé… Ça m’a tellement frustré que je me demande si c’est notre mariage (moi et mon fiancé) ou celui de nos familles. Je vous passe les détails zo gusaba irembo no gukwa, vyabaye mu kwezi guheze! Mais bon, la source de tous ces soucis c’est qu’il fallait organiser les meilleures cérémonies qui font honneur à nos deux familles. Barundi ntibaducishemwo ijisho

Je viens de recevoir les derniers conseils de ma mère. Et je me sens prête. En vérité l’amour de mon futur mari me comble à un point que je me sens rassuré. J’espère qu’il ne changera pas trop comme on aime bien le dire “Amaso akunda ntabona neza”.

Mais maintenant, que le jour j approche je me sens triste. Triste de quitter mes frères,sœurs et parents. Triste d’aller mu Burundi. Je pense comprendre maintenant pourquoi dans le temps, le mariage avait une touche de tristesse. Quand mes tantes – les plus jeunes – se sont mariées, elles ne souriaient pas – j’étais présente – et je pensais que c’était la norme. Et le jour de gutwikurura, on essayait de les faire pleurer en leur chantant des chansons tristes. En plus elles ont pleuré pour de vrai! Pleuraient-elles parce que c’était la norme? S’empêchaient elles de sourire pour question de tradition ou était-ce à cause de tous les soucis liés l’organisation du mariage?

Je ne sais pas, mais souhaitez moi bon ménage! Je vous souhaite d’aimer, de rencontrer des gens magnifiques avec lesquels vous vous engagerez pour la vie… Des hommes et des femmes exceptionnels… J’ai beaucoup de chance, un chéri… nkunda tendrement… Ndabifurije la même chose!

(Photo par Arnaud Gwaga Mugisha)