Par Iriza

Voyez–vous quand j’étais petite, mon prince charmant je me le décrivais en homme blanc. Dans mes rêveries, je me voyais dans une calèche tirée par un cheval et à côté de moi un dandy anglais, chapeau haut perché, tout  blanc et beau, avec des favoris, et moi… bon, je vous passe ma tenue .Très étrange non? Pas tellement quand on pense que tous les films auxquels j’avais accès n’étaient joués que par des hommes blancs – j’étais  particulièrement adepte de la série “Le Nord et Le sud”…

Oooh, encore une chose qui me faisait rêver: le baiser! Eh oui, le baiser était la spécialité même  de l’homme blanc! Vous vous imaginez alors, lorsque je regardais un film, j’anticipais avec impatience le moment du baiser et la présence ou non d’un baiser faisait la qualité ou non du film à mes yeux. Je ne  vous dis pas combien de songes romantiques j’ai fait à propos de mon premier baiser… (j’en ai encore les yeux rêveurs).

A part les films, nous avions des voisins blancs et je  me rappelle qu’on les guettait et essayait d’imaginer leur monde de loin. C’est ainsi que l’homme  blanc est  entré dans mon imaginaire, avec une connotation semi-réelle, et j’avais un sentiment très vif  de curiosité envers eux. 20 ans après, j’ai  eu  le temps de grandir, d’apprendre et je vois les choses différemment.

Actuellement, je travaille dans un environnement où je suis souvent en contact avec des expatriés. Ce ne sont pas que des blancs, mais la plupart d’entre eux le sont. S’il y a une chose que j’aime faire c’est observer les gens… eh oui mon hobby c’est observer! Je n’observe pas dans le sens où je voudrais  pouvoir en tirer des histoires bien juteuses à cancaner, mais j’observe pour apprendre. Je trouve complètement fascinantes les différentes subtilités de la nature humaine en termes de personnalités. Donc, naturellement, je  me suis adonnée à ma tâche favorite et j’ai observé cet être d’un autre contré qu’est le  blanc.

La plupart des blancs avec lesquels je suis entrée en contact étaient gentils, abordables et pleins de volonté. L’homme blanc est très curieux, il/elle n’a qu’une envie: il/elle veut savoir tout sur ta vie!

Un jour, alors que je venais juste de le rencontrer, un jeune expatrié blanc m’a bombardé de questions en rapport avec ma vie privée… des questions que je considère comme étant personnels du genre: “Où et comment as-tu rencontré ton mari?” et c’est le cas de presque tous les blancs: ils sont agressifs de curiosité… On dirait qu’ils  essaient de renifler ta vie pour en ressentir l’odeur… ou bien la puanteur… ensuite quand ils croient avoir toutes les cartes à propos de ta vie, ils te classent dans différentes catégories, soient ils vont faire de toi un subalterne, un collaborateur ou le  nouveau BFF (Best Friend Forever) du moment… Je pense que je me suis retrouvée au moins une fois dans toutes ces différentes catégories, mais je suis toujours très amusée par leur audace. Le blanc se  décide et on a qu’à se conformer à son désir. Par exemple, s’il/elle décide de faire de toi  le nouveau BFF, tu n’auras pas  le choix, tu seras le nouveau BFF!

J’aime beaucoup leur honnêteté et leur franchise. Ils ont des personnalités très directes et on parvient à savoir ce qu’ils aiment et n’aiment pas. Ils sont aussi sensibles. La plupart sont des êtres solitaires et  malgré la force de caractères qu’ils affichent, ils sont en fait très vulnérables.

Et puis, parfois, ils se prennent pour les seigneurs des fêtes de Buja, s’adonnent aux plaisirs de la vie au détriment des causes qu’ils sont censés défendre vu que la plupart travaillent au sein des ONG. J’ai observé des cas de détournement de mineurs, aussi bien filles que garçons, des consommations à outrance d’alcool et drogues tous genres. Un monde bien obscur et dangereux pour la jeunesse du pays. Ils forment des groupes entre eux et créent autour d’eux une bulle de colonisateurs… Ils organisent des fêtes auxquelles bien sûr ils t’inviteront, mais pourtant ils te regarderont avec un air du genre: “Celle-là nous lèche les bottines”, ou bien, pire encore: “Une autre pute qui veut se faire niquer par un blanc”, ou encore, plus banal “qu’est-ce qu’elle fait là?”… A la fin tu en sors avec un goût amer que tu n’arrives pas à identifier. Le blanc est subtil, tout est dans le ressenti.

J’ai aussi rencontré des expatriés blancs très engagés pour leur cause humanitaire, un cœur dans la main, ils sont vraiment en Afrique pour aider et pas pour autre chose. Je pense que j’aurais pu facilement tomber amoureuse de ceux-là 😉

En me lisant vous dites sans doute que je suis en train de créer des clichés et au  grand dam vous pouvez même penser que je suis raciste. Eh bien je dirais ceci, arrêtez l’hypocrisie mes chers lecteurs/lectrices… Combien de conversations ou débats ai-je échangé avec mes amis sur ce sujet? Tout le monde parle du blanc, il est comme-ci, il est comme-ça… Puis encore, pourquoi serait-ce un sujet tabou pour l’écriture?
J’ai écrit avec une plume insouciante et légère… Loin de moi l’envie de politiser le sujet.

Et après tout cela,  qu’est arrivé  à mon rêve d’enfance d’épouser un blanc? Eh bien je suis maintenant mariée à un burundais… Peut-être que je suis victime de cette étrange maladie qu’est #OnceYouGoBlackYouNeverGoBack, mais force est de constater qu’il y a fort bien longtemps que je ne fantasme plus sur le blanc.

(Source de l’image: dailydot.com)

Iriza vit et travaille à Bujumbura

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