Ecrit par Karl-Chris R. Nsabiyumva

Je devais avoir 13 ou 14 ans. J’étais en 8ème année. Je m’étais endormi le soir en lisant une lettre que j’avais reçu d’un “admirateur” – oui, vous avez bien lu, un admirateur: c’est-à-dire un garçon qui m’admirait (et non, je ne vais pas vous raconter cette histoire).
Ma mère avait l’habitude de passer par notre chambre le soir avant d’aller dormir, histoire de vérifier si tout allait bien nyene. Ce soir là elle entra et vu la lettre par terre à côté de mon lit. Elle la prit, elle la lit et elle me réveilla, pour en parler. Elle était très calme, rassurez-vous. Elle m’invita dans sa chambre pour qu’on ne réveille pas mon frère. Le papa était en voyage.

Ce qui m’embarrassa le plus dans la conversation qu’on eût fut le fait d’avoir dû expliquer l’histoire avec ce garçon qui m’avait écrit. Les parties où elle me questionnait à propos de ma vie amoureuse, de ma sexualité, me demandant ce que je savais des maladies sexuellement transmissibles et des méthodes de contraception me gênaient, mais pas autant que raconter comment je me faisais draguer par un garçon. On avait l’habitude de parler des “choses de la vie” à la maison; du moins les adultes qui vivaient chez nous en parlaient et on me laissait assister aux conversations.

Depuis que j’étais tout petit, mes parents étaient toujours au courant quand je flashais sur une fille à l’école, quand une fille venait me voir à la maison… Ils ne s’intéressaient pas qu’à mes relations avec les filles, ils s’intéressaient à toute ma vie: on parlait de mes amis, de mes activités, de mes fréquentations, de mes plans… on parlait de tout. Ils m’encourageait à avoir une vie responsable à travers des conseils et des partages d’expériences. Alors,  avec tout ça, le fait de parler avec ma mère de ma vie sexuelle  me semblait normal, quoique un peu embarrassant quand-même…

Je ne vais pas vous parler de ma vie sexuelle (aho rero mwari mwashinze amatwi?), mais je vais quand même vous avouer que je savais deux ou trois trucs sur le sexe à 13 ans. Pas que mes parents m’en avait parlé, mais parce que j’avais des amis, une télé chez nous avec décodeur et lecteur vidéo, ainsi que des domestiques qui, par moments, tenaient des conversations pas très catholiques. J’avais, comme la plupart des enfants de 13 ans, déjà été exposé à des images (photos et vidéos) pornographiques et des conversations très explicites liées au sexe… et ça c’était avant qu’ internet mobile et les messages Whatsapp n’arrivent – mwibaze uko ibintu bimeze ubu naho. Je n’en ai jamais parlé à ma mère, mais je me dis que tout parent sensible devrait savoir que ces choses existent, que leurs enfants sont exposés à peut-être plus qu’ils ne devraient.
J’en voyais, entendais et connaissais des choses, derrière mes airs de bambin innocent et insouciant; mais j’avais la chance de pouvoir concilier ce que j’avais vu et entendu, avec les réalités ou plutôt les conséquences qui se cachaient dans les conversations que j’entendais chez moi. Je savais qui avait fait quoi avec qui, pourquoi et ce qui s’était passé après. J’étais exposé à des histoires réelles des gens réels qui vivaient les conséquences des choix (bons ou mauvais) qu’ils avaient faits, le tout arrosé d’un bon accompagnement spirituel à mon Eglise local.
Du coup, je n’ai vraiment pas eu besoin de beaucoup de kirazira théoriques pour comprendre la différence entre ce qui est bon ou mauvais. Je ne vais pas prétendre que mon adolescence fût un parcours sans faute, je veux juste dire qu’on m’a appris à anticiper les risques et conséquences liés à mes actes et de les assumer.

J’avais toujours pensé que c’était pareil chez les autres, qu’ils parlaient des “choses de la vie” avec leurs parents. Ce n’est que très récemment que j’ai réalisé, à travers mes amis, que beaucoup de jeunes n’ont pas eu cette chance, que d’autres continuent de subir le même sort; et je me demande comment leurs parents s’attendent à ce qu’ils vivent d’une manière “responsable, en accord avec nos bonnes mœurs et coutumes”, sans encadrement, dans ce Monde où la perversion est presque devenue la norme.

Si on regarde cela de près, il n’est pas difficile de constater qu’on en demande trop aux jeunes. On s’indigne quand des adolescents cèdent aux pulsions sexuelles en avançant comme excuse qu’ils sont “trop jeunes”, en oubliant que nos grands parents et même certains de nos parents se mariaient à l’âge de 15, 16 ans ou même moins, dans le temps. Ici je ne parle pas de la maturité sociale qui correspond au savoir-vivre et au savoir faire, mais plutôt à la maturité physiologique qui fait que les jeunes gens d’un certain âge commencent à sentir des envies sexuelles. C’est naturel et très normal.

Je fais allusion à la “règle” comme quoi il “faut attendre le mariage pour avoir des relations sexuelles”. Je me dis que ceux qui ont fixé cette règle n’avaient pas prévu que notre génération serait obligée d’inhiber ses envies pendant 10 ans ou plus, en attendant d’être “prêt à se marier”. Je me dis qu’ils préparaient leurs enfants au mariage assez tôt étant conscients que la maturité physiologique n’attend pas la maturité sociale, et que les jeunes d’un certain âge auraient besoin d’assouvir certains besoins liés au fait ko bakuze. Je me dis que c’est pour cela qu’ils encourageaient et préparaient leurs enfants à fonder leurs foyers tôt: afin que la satisfaction de leurs besoins se fasse “dans les règles”, entre autres.

Et puis, on ne va pas faire semblant que les relations extraconjugales n’existaient pas dans le temps – sinon comment le mot gusambana existerait si les gens ne “sambanaient” pas? Canke ibisumayenzi, nitwe twabizanye? On ne va pas prétendre que tout le monde attendait jusqu’au mariage. On ne va pas prétendre que tous les couples étaient fidèles et que tous les jeunes étaient “sages”… dans le temps.

Je ne suis pas entrain de justifier le vagabondage sexuel et autres dérives, mais je veux juste dire que les parents doivent arrêter de se voiler la face et regarder la réalité en face. Les temps sont révolus tout le monde est d’accord. Aucun parent ne permettrait à sa fille ou son fils de 15 ans de se marier, kubera baba bataragera pour faire face aux différentes responsabilités qui vont avec fonder un foyer dans ce siècle. Mais… qu’ils n’ignorent pas que le corps ne s’arrête pas de mûrir en attendant uko kugera!… D’ailleurs, je suis sûr que la plupart de nos parents ont dû, eux aussi, faire face à cette pression liée à “l’attente”… La seule différence est qu’ils n’étaient pas aussi exposés que nous aux influences du monde moderne qui ne facilitent pas le respect des “bonnes mœurs”. Mais comment ont-t-ils vécu cette pression, eux?… Ici je parle de ceux qui y sont parvenu…

Si vous voulez que votre fille ou garçon “attende jusqu’au mariage”, ne vous attendez pas à ce qu’il/elle sache comment par il/elle-même! Aidez-le (la) voyons! Suivez-le (la)! Conseillez-le (la)! C’est votre rôle en tant que parent non? Et vous ne pourrez l’aider que si vous faites l’effort de comprendre le monde dans lequel il ou elle vit, en l’y accompagnant. Si vous vous la jouez “emwe, ivyo bintu vy’abajene je ntavyo nomenya” taisez-vous quand les conséquences malheureuses viendront taper à votre porte! Communiquez! Parlez à vos enfants! Intéressez-vous à leurs vies, parlez-leur de la vôtre, rencontrez leurs amis, échangez sur vos expériences, même les mauvaises! Arrêtez avec vos airs de demi-dieux très saints de grâce!… Donnez un bon exemple! Si vous restez travailler ou préférez chiller avec vos amis jusqu’aux heures avancées de la nuit, et que vos enfants ne vous voient vraiment qu’à noël, iyo ndero mushaka ko bagira bazoyikura he? Nimugire efforo nani!

Uwavuze ko mu kizungu hagoye irera ntiyabeshe (ngira nico gituma baduhimiriza kuvyara bake), ariko nimba mwarahavyariye, assumez la suite aussi! Je nibaza ko toutes ces dérives tumaze iminsi tubona canke twumva (les M23 et consort) hanini ziterwa n’abana qui sont laissés à eux même sans suivi… bamwe iyo bahuye n’abavyeyi baganira ivy’amashure gusa. Je pense que personne ne décide de devenir irresponsable; je me dis qu’aucun ado ne se lève un bon matin en se disant: “tiens, je vais me chercher une fille à engrosser” ou bien “et si j’essayais de mourir d’une overdose ce soir…”

Tugire amahoro!

Karl-Chris vit et travaille à Bujumbura. Visitez son blog: misterburundi.wordpress.com, et suivez-le sur Twitter: @Mr_Burundi

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