Ecrit par Bertrand Mizero

Pour commencer, je voudrais remercier l’auteur de l’article “Rien n’est impossible à 15 ans” pour avoir eu le courage de partager son histoire. Hélas, comme elle le dit, les grossesses précoces arrivent malheureusement de plus en plus souvent.

Ici, je voudrais discuter sur un aspect qu’elle a un peu effleuré: La marginalisation des jeunes filles auxquelles ce malheur arrive.

Lorsqu’une jeune fille tombe enceinte, le mal est déjà fait. Il n’y a aucune raison pour les familles, l’entourage et la société en générale d’en rajouter mu kumuturubika, kumuryagagura ou en la jugeant autrement. La seule vraie victime de ce qui est arrivé est cette jeune fille et personne d’autre. Moralement c’est elle la plus affectée et sa vie bascule littéralement sous le poids des responsabilités qu’elle aura en tant que maman et les autres implications qui en résultent, telle sa jeunesse qu’elle va probablement rater et son avenir scolaire qui sera peut-être compromis. La fille a plutôt besoin d’être appuyée par ses parents, sa famille, ses amis et son entourage.

Les déclarations du genre “Uratwambitse ibara!” ou “Uratumaramaje!” se rapportent plus aux émotions et valeurs morales parfois superficielles caractéristiques des cultures conservatrices qui veulent à tout prix préserver l’image d’une famille idéale et modèle qui n’est souvent qu’une utopie. Je ne veux pas dire qu’il faut cesser d’aspirer à de tels idéaux, mais pourquoi par exemple ne condamne-t-on pas avec la même sévérité abagabo baharika? Pourquoi ne juge-t-on pas les mères  qui veulent à tout prix marier leurs filles ou fils à des “abana bo kwa…”? Pourtant, ces comportements-là sont tout aussi graves et d’une certaine bassesse d’esprit, du moins selon moi, que ceux qui le font devraient être condamnés sévèrement. Et d’ailleurs, ceux qui le font, le font en pleine conscience. En revanche, je n’ai jamais entendu une adolescente dire: “Je vais m’envoyer en l’air et tomber enceinte!”

Et puis, ninde atarakora ikosa na rimwe mu buzima? La seule différence ici est que l’erreur se paie par une grossesse. Autre chose grave, pourquoi y’a-t-il un traitement de “deux poids deux mesures”? Pourquoi les garçons, qui sont au même titre responsables de cette situation que les filles, ne sont pas autant blâmés et jugés par leur entourage, leurs familles et la société? Des fois, c’est même un sujet de fierté pour le garçon qui réussit cette “prouesse” d’engrosser une fille…

Je ne cherche pas à relativiser la gravité de la faute pour ces adolescents, ou même pour toute autre personne à qui cela peut arriver (les filles adultes tombent enceinte aussi), je veux juste qu’on essaie de comprendre la vraie source du problème, qu’on réfléchisse sur des solutions éventuelles; mais surtout, qu’on sensibilise les parents et la société de manière générale à adopter un comportement responsable vis-à-vis de ceux à qui ce malheur arrive.

Les parents et le reste de la société, devraient se résoudre à l’évidence: les temps ont changé! Les mœurs, les coutumes et les perceptions d’antan où garçons et filles devaient attendre le jour du mariage pour connaitre le “fruit de la passion” sont de plus en plus oubliés ou vu comme dépassés. D’ailleurs, il n’est pas question que du seul aspect de sexualité, cela concerne tout ce qui a trait aux valeurs morales.

Quelqu’un peut me dire où étaient les parents burundais, ou la société burundaise, lorsque ces choses appelées “mondialisation” et “technologies de l’information et de la communication” vyabinjirana ?

Qu’on le veuille ou non, ces éléments ont considérablement modifié notre perception ainsi que la manière d’aborder les choses, ne parlons même pas de cette “Génération MTV” qui est exposée à la culture pop qui tend à démystifier et banaliser la sexualité.
L’influence des médias de façon générale, avec la tendance à l’uniformisation des informations auxquelles nous sommes confrontées, façonne de manière implicite notre pensée et nos perceptions; et à la longue, cela influe ou peut influer sur notre culture et la façon dont nous évaluons nos valeurs morales. Plus important encore, voyez combien ces médias influencent le comportement de la jeunesse aujourd’hui ?
En ce qui est des nouvelles technologies, il suffit aujourd’hui d’avoir un smart phone avec un accès à internet pour accéder à toutes sortes d’informations. Ici je ne parle pas que de “Whatsapp” où tout, ou presque, s’échange en privé plus facilement et rapidement que jamais – une vidéo porno peut par exemple circuler facilement entre ados et réveiller l’instinct sexuel de certains, et certains profanes qui se découvrent encore pourraient la considérer faussement comme un moyen de s’instruire, et par conséquent les inciter à mener une vie sexuelle précoce et irresponsable.

Ici les parents devraient comprendre que le monde a changé et que notre culture, et si vous voulez, nos valeurs morales sont de plus en plus influencées ou façonnées par plusieurs facteurs exogènes, qui le plus souvent échappent à notre contrôle.

Selon moi, la société burundaise de manière générale et les parents en particulier doivent d’une part chercher à comprendre ce nouvel environnement dans lequelle nous évoluons pour pouvoir appréhender correctement ce qui arrive. D’autre part ils devraient essayer de remédier à ce qu’ils identifient comme problèmes, et si ce n’est pas possible, chercher à limiter la mauvaise influence ou l’impact négatif que peut avoir ce nouvel environnement sur notre culture et, plus particulièrement, sur nos valeurs morales.

De manière plus pragmatique, les parents doivent surpasser cette notion de pudeur et de passivité et s’investir davantage dans l’éducation sexuelle de leurs enfants. C’est de leur devoir de les guider sagement dans ce stage de turbulence qu’est l’adolescence, les instruire et les sensibiliser sur les dangers qu’ils encourent.

Aussi, les parents doivent arrêter avec cette naïveté comme quoi les adolescents n’ont pas de vie sexuelle. La preuve ce sont ces statistiques: 4.860, c’est le nombre de cas de grossesses en milieu scolaire depuis 2011, au Burundi. Et d’après une étude du Ministère de la Santé Publique, 12% des jeunes filles entre 15 et 19 ans étaient enceintes ou avaient déjà accouché en 2012. Il faut qu’ils l’acceptent et prennent à-bras-le-corps ce problème. Par, justement, une éducation sexuelle qui tient compte de cet aspect.

Il faut aussi qu’il y ait un changement de mentalités sur certaines questions morales, et dans le cas présent, les grossesses non-désirées. Il faut qu’il y ait de la tolérance et  de la compréhension envers ceux qui rencontrent ces “accidents de jeunesse” ou de la vie. Et ces autres parents ou gens qui diraient du mal de vous ou de votre jeune fille parce qu’elle a eu “le malheur” de tomber enceinte, oublient parfois que ruriye abandi rutabibagiye et que d’une façon ou d’une autre, leurs enfants courent le même danger.

Mais si tout cela n’est pas fait, des questions du genre “Mon Dieu, vais-je le garder ou pas?” seront toujours posées et peu importe le choix qu’on fera, il sera toujours question de vie ou de vie, ou plutôt de “mort ou de mort”.

Bertrand vit et travaille à Bujumbura

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