Par Judicaël Ihorimbere

C’est en écoutant un chanteur sud africain, et en cherchant des informations le concernant sur le web que j’en suis venu à me poser quelques questions sur les enjeux d’une culture par rapport aux technologies de l’information et de la communication(TIC). Ce chanteur que j’écoutais, n’est autre que le grand Lucky Dube. Je me rappelle de ses chansons qui ont bercé mon enfance. Elles passaient sur les différentes radios au Burundi et sur la télévision nationale… Confronté à un manque cruel d’informations sur la toile en faisant une recherche ce dernier, qui était cependant un des grands artistes qu’a connu le continent africain et le monde, je me suis lancé sur une petite réflexion sur les TIC.

J’avoue avoir reçu une formation qui combine des dimensions à fois technique et humaine.  En m’interrogeant sur les TIC, j’essaie de me situer dans un contexte particulier, qui est le suivant : Quelle est la place de la culture d’un pays comme le Burundi, sur le web quand la majeure partie de la population n’a pas accès aux TIC? Dans un pays où la culture orale prime sur la culture écrite depuis bien des années, quelle place occuperont les TIC dans l’établissement d’une culture sur ce pays ? Que restera-t-il sur le Burundi sur la toile une fois qu’on aura tout oublié ? Qu’est ce qui sera retenu ?Je ne vais sûrement pas me lancer dans des explications trop techniques sur la manière dont les données sont transmises, sauvegardées,… sur la manière selon laquelle ces dernières sont exploitées pour en tirer l’information nécessaire pour bâtir une connaissance. De toute façon ce n’est pas l’objectif de This Burundian Life. Ne vous attendez pas non plus à ce que j’explore en long et en large tous les aspects concernant les TIC, je me focaliserai juste sur quelques aspects relatifs surtout au web.

Pour illustrer davantage contexte, voici une autre anecdote. Un jour, en réfléchissant sur des cours à option à prendre, j’ai soumis mes interrogations à quelques spécialistes de l’informatique. Mes interrogations se résumaient principalement en la question suivante : « Quels sont les meilleurs cours optionnels d’informatique à prendre quand on vient d’un pays où les TIC ne sont pas du tout développées et surtout si l’on souhaite exercer sa profession dans ce pays ? ». Ou encore « qu’est ce qui serait le plus important à apprendre si on veut développer les TIC d’un pays en voie de développement ? » Certaines de ces personnes ne savaient pas trop quoi me répondre car cette question les confrontait à une réalité qui n’est pas la leur et qui leur est difficile d’imaginer.

Pour continuer la description du paysage dans lequel je me situe, voici une autre histoire: Il y a quelques mois, je discutais avec une personne qui exerce en Europe dans le domaine de la consultance informatique. Cette personne me parlait en gros des projets sur lesquels sa boîte travaillait. Ces projets comprenaient entre autres des projets informatiques à destination des pays africains. La personne trouvait quand même dommage que l’on puisse vendre tout et n’importe quoi à ces clients car ces derniers n’étaient pas au courant de ce qui se faisait dans l’univers des TIC. C’était quand même dommage d’entendre cela car ce pays est largement avancé économiquement et technologiquement par rapport au pays de Nyaburunga.

Ceci dit, il y a quelques jours,  j’ai demandé à quelques uns de mes amis vivant et travaillant dans le pays du lait et du miel, si on pouvait se connecter sur Internet à partir des centres des différentes provinces du Burundi. Ils m’ont affirmé que cela était possible, ce qui m’a fort réjoui. J’avoue honnêtement que je pensais que ce n’était pas le cas. Et dernièrement, dans les médias burundais, on louait le fait que la fibre optique était opérationnelle dans 10 provinces sur 17 qui composent le Burundi. Je ne peux pas vous cacher ma joie même si sous d’autres cieux cela est impensable qu’il y ait des endroits sans accès à Internet. Eh oui c’est ma réalité, et c’est la réalité de mon pays.

Mais, quand la grande partie de la population burundaise ne sait même pas ce qu’est la fibre optique, que peut-on penser de la place d’une culture sur le web grâce aux TIC?

Ce qui est sûr c’est que les TIC doivent permettre d’avoir et d’entretenir une culture propre à un pays sur la toile entre autres(pour ne retenir que celle-là comme une partie des TIC). Ce processus prend des années à être mis en place mais n’oublions pas que l’état d’avancement rapide des TIC dans le monde nous oblige à emboîter le pas aux autres, très vite et sans toutefois en maîtriser les enjeux culturels mis en place. Peut-être que le jour où, nous Burundais, prendrons conscience de l’importance de la culture écrite, sûrement que la culture sur le web suivra. Du moment où nous n’arrivons pas encore à prendre conscience de cette réalité, les tentatives de faire table rase de notre mémoire collective par ceux qui ne veulent pas admettre que nous en avons une, ou qui ne cherchent pas à faire un effort pour la découvrir, seront fortes. Dans un monde où on trouve tout et n’importe quoi sur le web, pourrons nous nous faire une place dessus?

Cette question d’une culture sur notre pays ne concerne pas uniquement le domaine des TIC mais recouvre un champ assez vaste. Plutôt que de consacrer tout leur temps à se préoccuper de “certaines choses jugées trop importantes à leurs yeux” – choses que je ne citerai pas – , les gens instruits devraient s’atteler à transmettre ce qu’ils ont acquis aux autres. C’est ainsi qu’une culture au sujet de quelque chose se transmet.

Je conclurai ma petite réflexion en soulignant trois aspects qui me semblent importants :

Premièrement, il ne faut pas oublier que la culture orale est confrontée à des problèmes liés à l’oubli, qu’ils soient voulus ou non. Cela fait des années que dans les cours d’histoire sur le Burundi, il est répété que le pays était avant tout une culture orale, que la culture écrite a fait son apparition avec la colonisation. Bien des années plus tard, je me demande quel effort a déjà été consacré à promouvoir la culture écrite. Maintenant, il s’agit de s’interroger sur la culture sur le web grâce aux TIC, alors que des questions sur la culture écrite subsistent encore.

Deuxièmement, il est important de rappeler que c’est à nous d’écrire notre propre histoire, notre culture, de sauvegarder notre mémoire, et de la maintenir. Qu’elle soit écrite dans des livres ou sur le web, c’est nous, qui en sommes les premiers responsables,les responsables de ce que nous que nous choisissons de transmettre ou non. C’est à nous de forger la manière dont le monde nous perçoit. Les TIC sont un moyen qui, utilisé d’une bonne manière peuvent nous permettre de sauvegarder une certaine culture et une image de notre pays.

Troisièmement, il faut faire attention à une fausse culture qui se transmet via les TIC, qui aboutit à construire des images erronées. Les données peuvent en effet être exploitées de plusieurs manières et donner lieu à une information loin d’être vraie. Cela mène à une fausse connaissance. Pour donner un exemple qui ne couvre qu’une faible partie des TIC, en cherchant sur Internet, que retient-on de l’histoire du Burundi ? Rien de plus que des versions contradictoires et loin d’être objectives sur notre passé. Essayez un jour de chercher la carte politique actuelle du Burundi sur le Web, contenant des informations précises et voyez combien cela est pénible. Faites de même pour un pays développé de votre choix, vous verrez la différence.

Voilà, ce n’était qu’une petite réflexion qui a peut-être ou non sa place dans notre cher Burundi.

Source de l’image: jasetay.wordpress.com

Judicaël vit en Belgique