Par Irazigama
Photo par Aristide Muco

Mars 2014.
8h du soir. Indolent, je me laisse aller sur le canapé du salon. Devant le poste télé, sirotant un thé à la menthe, je joue un instant à je zappe je matte je zappe ..pour, au final, l’éteindre aussitôt. Aucun programme n’est assez sérieux . L’humeur n’est pas au divertissement et j’estime avoir déjà eu ma dose d’infos depuis le matin .On est le 08 mars, la journée a été éprouvante moralement, mon corps aussi le porte assez mal d’ailleurs.

… Je me demande si je passerai toute ma vie à être désolé, à décrier, à dénoncer, à m’indigner derrière mon écran et à des milliers de kilomètres de chez moi, à me révolter quotidiennement contre ce qui se passe dans mon pays, le Burundi . Je me sens honteux d’être si incapable, si lâche, si égoïste, parfois si hypocrite … Je ne m’en veux pas d’être parti, mais je m’en veux d’être resté…

Au fait, je suis de ceux qui s’empressent de poster les messages des plus empathiques quand un malheur arrive à ma chère patrie (ya segenya par exemple), de ceux qui tiennent (surtout sur les réseaux sociaux ) un discours des plus civiques et intellectuellement engagés, mais très peu suivis d’actions… Muri bamwe bahimiriza abandi, de cette diaspora qui s’offusque tant (à raison) sur tous les sujets mais qui en reste là. Je suis de ceux qui sont exaspérés par toutes ces injustices et ces difficultés sociales,
de ceux qui jurent que s’il faut descendre dans la rue protester contre le maudit troisième mandat ils iront.. Sérieux? Je voudrais m’y voir…

Bref, je crois que je ne suis ni plus ni moins qu’un activiste du web. Qu’un idéaliste oisif, un spectateur sensible et fort bavard , un râleur… Du moins.
Pour certains c’est déjà bien que je m’intéresse encore à l’état du pays, moi qui suis physiquement loin de tout ça. Pour d’autres je feins des choses, ngo ndi mu bakurikiranira ibintu hafi bari kure. Ca dit ce que ça dit.

Sérieusement, ce n’est pas une fausse culpabilité que je sens là, ce n’est pas d’émotions que je “râle”. Je réalise simplement une bien désolante réalité: I’m not doing all I can! Je peux beaucoup plus.
J’entends souvent de braves citoyens patriotes dire que, hélas, avec intwaro z’i Burundi on ne peut rien à moins que tu ne sois prêt à hypothéquer ta vie. Ngo la corruption à tous les niveaux , ngo la mollesse des services publics, ngo l’amateurisme … Oui, j’en conviens. Mais, à part en parler , je fais quoi au quotidien pour que ça change? Serais je exemplaire?

Non… mais, pour être concret je me mets en situation car ici je ne prêche pas de révolution à la Guevara … Ko none, par exemple , numvise kandi nashigikiye nkana partagea akamo twatewe ngo tugarukire ku bantu babuze ivyabo dernièrement, est
ce que narabikoze? Ai je déboursé un seul dollar pour soutenir?
Oya… Bon… Basi canke , ubwo bombwira bati taha uje gukorera igihugu cawe ton diplôme d’ingénieur serait d’un précieux apport au pays, ndi ready?? …

Hari igihe ubwinshi bw’amajambo butwibagiza que même la plus grande foi sans les œuvres ne produit que dalles. Les indignations verbales aussi bruyantes et fondées soient elles ne suffisent pas. L’action. Oser. Agir. Changer.

***

Mais ce soir, je ne vais pas m’accabler car il n’est pas encore trop tard.

Ce soir, j’ai une pensée particulière pour ma patrie. Si la folie, la cupidité et l’égomanie de certains l’ont brisée; l’indifférence et l’immobilisme de la nouvelle génération lui seraient fatals.

Je rends hommage à ces braves gens, jeunes et moins jeunes qui se sacrifient sans bruit et sans acclamations pour un peu plus de justice, ceux qui donnent de leur temps, de leurs talents, de leur amour, de leur vie pour restaurer notre nation dans toutes ses dimensions. Umwe wese ku rugero gwiwe, aho ageza hose. Igikorwa ciza ntikiba gito, haba namba.

Je salue l’action de la société civile, les acteurs économiques les plus anonymes qui luttent sourdement pour ne pas couler.
Je m’accroche à l’espoir que porte cette élite de jeunes diplômés qui se mobilise.
Ma plus grande estime à ces femmes et hommes qui labourent encore à la houe pour nourrir le Burundi. On l’oublie presque.
Hommage à ceux qui s’oublient en pensant aux autres, sans poursuivre des légions d’honneur.

Le ton est peut être un peu trop lyrique, il ne saurait être à la hauteur de ce que je ressens depuis ces dernières années, et ce weekend du 08 Mars. Pour ma part, j’ai peut-être plus de détermination que de talents, plus d’ambitions que de moyens, mais j’ai LA VOLONTE. Je dois contribuer, je peux sûrement faire quelque chose. Toi aussi. Sans attendre.

Nakuze numva ngo Burundi bw’ejo, ejo ni ryari ??

Irazigama vit et étudie en France