Par RR

Le roulage coince la sifflet “Made in China” jaune dans le coin gauche de la bouche, étend le bras droit vers sa chemise bleue souvent délavée et y pêche son téléphone.

Le père de famille, son épouse, les deux bambins qui reviennent de la crèche à l’arrière de la voiture écoutent.

Mama Seba, derrière son monceau de magnifiques mangues “trafiquées” (elles ont été cueillies encore vertes, puis bouillonnées à l’eau chaude, histoire d’accélérer le mûrissement), Mama Seba donc sous le mur de l’Onatel a aussi son téléphone collé à l’oreille.

Pour les taximen, plus de clients, pour les trente prochaines minutes. Seuls les taxi-motos se risquent encore de transporter des citoyens pressés, et ce parce qu’ils savent si bien caler le téléphone entre l’oreille et le casque …

Ceux qui avaient une missive s’arrêtent : les lettres peuvent encore attendre, les oreilles non.

Tel ministre, dans sa jeep Land Cruiser fumée, haute sur jantes, le nez agressif, est tout ouïe.

Tel opposant peut enfin commencer à manger : la voix claire de la présentatrice annonce que le règlement de compte avec l’actualité vient de commencer.

Les boutiques connaissent alors des pics d’affluence : non de clients, mais de passants qui s’arrêtent pour joindre l’utile (écouter le dernier bulletin d’information) à l’agréable (un peu d’ombre).

Justement : même le soleil semble en ce moment-là oublier de continuer sa course vers l’Ouest. Suspendu au dessus de Bujumbura, il attend aussi de savoir ce-qui-se-dit.

C’est la cure auditive des malades dans les hôpitaux de la capitale, prescrite par un douteux praticien : on n’en guérit jamais.

C’est l’histoire du plus grand rendez-vous dans la cité, chaque jour de nouveau scellé entre braves citadins et citadines, ceux qui se déplacent à roue, à pied, ou pas.

C’est le plus grand flirt en communion, au Burundi, où il est question de peurs, d’espoirs, de petites craintes, de grandes colères, d’attentes diverses, de coups-bas, de vrais coups, ceux qui font hurler de douleur, mourir même, de hautes jongleries, de propagande, de contre-propagande, de larmes vraies, fausses, de murmures, … en résumé : de mots !

Mwaramutse mwebwe mwese muduteze amatwi …

Cher lecteur, Chère lectrice, Bienvenus dans le Moment RPA, à 12h30 de chaque jour que le Tanganyika laisse couler.

RR vit et travaille à Bujumbura