Par LK

Bujumbura. C’est un samedi matin. Juste après les travaux communautaires, je me rends à l’espace-client d’un célèbre opérateur de téléphonie mobile pour l’achat d’une nouvelle carte sim. La salle d’attente est comble. Ma réaction? Où sont les petits tickets qui nous départagent selon notre heure d’arrivée nka kurya kwo muri PAFE par exemple? Je n’en vois pas. Niho kubaza umucity: “Aba bantu mbona bashitse imbere yanje bakurikirana gute kugira menye tour yanje niyagera?” Et lui de me répondre calmement: “Niwiyicarire harya. Ubonye hari umuntu ahagurutse uce witanga ugende!”. OK. Je me suis assis n’ayant pas osé une légitime question qui aurait dû suivre: “Hama aba bose naho ndahasanze?”. C’était le cas, kwari ukwitanga pour se voir servir. “Des anecdotes comme celle-là, j’en ai plein”, me crie la jeune fille au fond de la salle.

Singapour. Il est 9h du matin, je participe à la semaine d’intégration des nouveaux étudiants. Il est prévu que nous prenions des bus pour nous rendre à notre lieu d’intégration. Nous sommes une soixantaine de jeunes, tous entre 17 et 25 ans à majorité Singapouriens. Le groupe se dirige lentement vers les bus. Je discute avec 2 de mes amis avec qui je viens de faire la connaissance tout content d’apprendre plein de choses sur eux. Très vite, nous nous retrouvons devant l’entrée du bus et “tac”, je tourne la tête et je vois une file de 60 jeunes, l’un derrière l’autre. Véridique. Je ne sais pas si tu aurais aimé être à ma place. J’étais le seul, je dis bien le seul, qui ne s’était pas mis en queueleuleu. Instinctivement, le groupement s’était transformé en file.

En plein milieu d’année académique… Il est 15h. Je dois me rendre sur le campus. L’université a mis en place un système de navette gratuite pour déplacer les étudiants depuis la station de métro la plus proche jusqu’au campus un peu perdu hors de la ville. Des bancs ont été prévus à l’arrêt de bus pour s’asseoir le temps d’attendre que le fameux bus arrive. Il n ‘ y a pas assez de places pour les 50 étudiants qui attendent. Ceux qui arrivent après qu’il n y ait plus de places assises resteront debout, en file, s’il vous plaît. Le bus arrive. Les étudiants se lèvent calmement et commencent à marcher lentement en direction de l’entrée du bus, toujours en file! Oui oui, c’est possible. Voici une preuve:

Je me souviens avoir taquiné un de mes amis Singapouriens sur le fait que “You guys queu for everything. I don’t understand how you can do it all the time”. Et lui de me répondre tout innocemment. “You know L, here we’re raised like this from the young age”. Ah bon?

J’autorise mon esprit à imaginer le même scénario avec un bus similaire stationné au pont Ntahangwa et censé déplacer gratuitement les étudiants de l’Université Lumière tous les après midi pour les soulager de la peine de cette interminable pente sous le soleil brûlant de 14h. Un petit sourire s’est échappé du coin de mes lèvres au souvenir de la façon dont on rentrait dans le bus OTRACO qui nous ramenait à la fin des cours. “Ka buki ari jewe nari kugenda mpagaze kandi nararishe?”

“Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui” disait Montaigne…

Une jeune génération capable de calquer les bons principes d’humanisme d’ici et là en vue de s’en inspirer et de se les approprier. #MyBurundianDream

(Source de l’image: sg.entertainement.yahoo.com)

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