Par RM

Il y a de cela quelques semaines, je prenais un taxi pour aller en ville. Je papote avec le taximan (que j’appellerai T par la suite), parce qu’il avait l’air d’être sympa… Arrivée à destination, T se propose pour venir me rentrer (ça implique l’échange de numéros de téléphone, pour rester en contact). Bien évidemment, je dis oui parce que je comptais rentrer tard.  Finalement je prends le bus pour profiter de la compagnie d’une amie, le temps de marcher jusqu’au marché *ça rime, tiens !*.

Je m’excuse auprès de T, et je lui indique mon adresse pour qu’il puisse passer récupérer ses 2500 bif de l’aller (une seconde pour apprécier la belle initiative de mettre les noms des rues et numéros des maisons.. Plus de, ushitse imbere y’i boutique uce uraba ahantu hari igiti c’umwembe, hama uce ubaza ahantu…).

Le lendemain, je devais prendre un taxi (30 secondes pour demander au Bon *** pour qu’il nous fasse plaisir en réorganisant le transport en commun du Burundi parce que les bus ne desservent pas très bien la capitale, ils sont aussi très inconfortables), le premier réflexe était d’appeler T. Il me dit qu’il n’est pas disponible, qu’il consacre sa journée à un de ses amis qui vient de l’étranger. No problemo, je quitte la maison pour aller en chercher un autre.

Et…  le lendemain, je vois T qui m’appelle à son tour. J’étais à un mariage.

Allô ! Ni gute ? Ko wiriwe utampamagaye ?

Puis je me dis, que décidément non seulement il est sympa (je veux dire, aganira neza) mais aussi il fait bien son boulot (il sait fidéliser sa clientèle). Je rigole, très amusée, et je lui explique que je suis à Ngagara et que si il me faisait un bon prix, je pourrais lui acheter son service.

-T : ni amwe y’ejo fois deux , plus mille francs => (2500*2)+1000= 6000

Oh, oh, oh ! Bon, le temps de faire le calcul, je rigole un peu avant de négocier (il faut de temps en temps). Puis, monsieur accepte, prétextant qu’il était aussi à Ngagara, krum !

-T : muga rero, ntumenyere kuza urampa ayo mahera

Il m’appelle en arrivant, en me disant un charabia, du style, « urazi ahantu mvuye, ugaca umbwira ko waronse ukundi utaha nanje nshitse ». Je raccroche, puis j’ouvre en même temps la portière de sa voiture qu’il m avait bien décrite (ce n’était pas un taxi cette fois ci, krum !). Il s’excusa aussitôt, parce qu’il avait confondu les messages, il croyait que je ne voulais plus qu’il vienne me prendre. Bon, ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde de s’embrouiller. Mais, notez qu’il venait de me révéler qu’il n’était pas à Ngagara.

En montant dans sa voiture, j’ai embarqué une copine, pour la déposer devant chez elle. Comme toutes les copines qui se respectent, nous avons bien papoté en cours de route. Rigolade sur rigolade, on finit par la déposer sur notre chemin, pas très loin de chez elle.

On aurait dit que, un mètre de plus, T aurait obligé ma copine à descendre (lol). Je dis ça parce que, à peine cette dernière est descendue, monsieur a commencé à me bombarder de questions (heureusement que j’aime répondre à certaines).

-T: Mbe, usengera he ?

-Moi: Ahariho hose, Cathédrale canke mu Kinindo. Kubera?

-T: Nagira ndagutumire gusenga ejo

-Moi: Eeh, urakoze! Usengera he ?

-T: Kuri **** (aho hantu, basenga mu congereza gusa)

-Moi: Yohoo… Ni ukuri noba ngira ndakubeshe ndakubwiiye ngo nzoza ejo. Ariko, si jamais ndose akanya, nzoza

 None, urazi umukobwa yitwa *** ahasengera ?

-T: Yo! Urumva, jewe sinigera menya abakobwa. No kubavugisha sindabavugisha, iyo tudafise ico duhurirako.

-Moi: N’ubundi namukubajije kubera mufise ico muhurirako : musengera hamwe

-T: Aha nawe, ndiko ndakuvugisha kubera nabonye ko witonda. Usa nk’umuntu ari très posée, numva nakugiriye confiance

Voyez la grimace que vous venez de faire !

Décidemment, T sort du commun. Je parle pour moi. Et j’aime bien… C’est donc comme ça les taximen, ou je suis tombée sur la perle rare ?

Mais quelque temps après, il commence à se vendre (c’est très normal, en plus  il avait l’air d’être sincère dans ce qu’il me racontait). Mais si je puis me permettre, il s’est vendu comme si c’était la dernière fois qu’il me voyait, trop d’informations en peu de temps… Il m’a parlé de ses déceptions (professionnelles, amoureuses et amicales). Subitement, il a commencé à me parler en Anglais, puis en Français (il a un Français pas mal du tout).

Arrivés muhira, il me demande 5 petites minutes pour finir son histoire. Je les lui accorde. Mais en même temps, je me demande comment vont réagir mes parents si jamais ils rentraient en me trouvant en pleine « papotage » avec un inconnu en pleine rue. Puis, ces voisins qui ne manqueront pas de divulguer des nouvelles un peu ches-lou. Non. Je lui dis calmement :

T, reka tuze tuvugane uyundi munsi, ubu burije reka ninjire. Wakoze, twaganiriye neza.

Sur ce, je lui donne son argent et le remercie pour le bon prix. Il a attendu  qu’on vienne m’ouvrir avant de glisser, de part la vitre presque fermée le :

-Je t’apprécie beaucoup *** (mon prénom).

Heh, heh , heh ! Ndinjira mu rupangu, très amusée. J’ai commencé à bénir l’école, je ne sais pas pourquoi. Etais-ce parce que je venais de rencontrer un taximan solidement lettré (je ne me moque de personne, c est juste que c’était la première fois que cela m’arrivait) ? Etait-ce parce que T m’appréciait ? Etait-ce grâce à ces deux éléments en même temps ? Je ne sais pas. Quand je dis qu’il était lettré, ce n’est pas dans le style de la fameuse dame ou du fameux monsieur qui parlait d’ « un cadavre mort ». Non non ! C’est autre chose.

Le soir, avant de dormir j’ai eu droit à un texto de « bonne nuit *** (mon prénom) », le lendemain j’ai eu un coup de fil, il voulait savoir si j’étais parti à la messe. C’était tout, il n’a plus fait signe (krum !). Ce fut une agréable surprise. Et à chaque fois que j’y repense je ne cesse de me dire ceci : ishure ni ryiza pe !

Les gens ne blaguent plus à Buja ! J’ai réalisé qu’on se laisse facilement berner par l’opinion, comme quoi tout le monde y est sauvagement sauvage. Et pourtant, il y a beaucoup de personnes bien, courtois, qui font leur métier avec tout leur sérieux et qui se surpassent pour offrir de bonnes choses à la société. Le truc c’est d’adopter les bons …

Avec T il y a eu un petit couac au niveau des intérêts, il faut être aveugle pour ne pas le voir… Mais, j’ai senti qu’il avait un esprit sain, qu’il était bien malgré qu’il ne soit pas, je crois (j’ai dit bien je crois), le plus privilégié (financièrement parlant).

Comme quoi …

(Photo par Cédric Kalonji)

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