Par Alain Amrah Horutanga

Ceci est une republication. Pour le texte original, veuillez visiter le blog de l’auteur (lien ci-dessous)

Pour nous citadins, il peut  arriver, ce qui est fréquent avec les délestages, d’avoir un téléphone portable dont la  batterie est complètement déchargée. Il suffit d’oublier l’horaire de la distribution d’électricité pour en pâtir. Si le tour de son quartier est passé, il faut attendre, dans certains quartiers, qu’elle revienne après 24 heures. Dans le milieu rural où les paysans n’ont jamais vu  un câble électrique passer au dessus de leurs têtes, on se demande comment  ils font pour recharger leurs téléphones. Il fut un temps où c’était pénible car souvent, même s’il y avait un voisin possédant une batterie de véhicule d’où il pouvait produire de l’énergie électrique suffisante pour recharger une batterie de téléphone, le client à la recharge devait payer une somme de 100 FBU après service… ou encore il fallait faire un long trajet pour atteindre un centre urbain proche.

Mais, maintenant il existe un téléphone portable dont la batterie ne se décharge qu’après deux mois! C’est un téléphone chinois! Le chinois est pour le Burundais celui qui comprend le mieux certains de ses besoins!

Dans nos magasins on rencontre déjà des téléphones très sophistiqués “Made in China”. On n’a plus besoin d’utiliser deux téléphones pour y insérer deux puces: il suffit d’en acheter un et insérer ses deux puces. Maintenant il y a même des Samsung duos pour ça. Mais qu’en est-il lorsqu’on a 4 puces? C’est là que le chinois est en avance par rapport à Apple, Nokia ou Samsung! Le chinois a pensé que, dans plusieurs pays, il  y a au moins quatre opérateurs de téléphonie mobile, et il a devancé les autres sur ce point! Tenez, ils fabriquent des téléphones qui peuvent contenir cinq puces! Qui dit mieux?!

Ne parlons pas que des puces; qu’en est-il des options?

  1. Bluetooth (qu’on retrouve dans tous les téléphones de nos jours) pour partager (gratuitement) trop souvent les clips vidéo et les chansons.
  2. Internet qui ne fonctionne pas, car ils savent très bien que le petit paysan du Mugamba n’a pas besoin d’internet. Il ne sait même pas écrire son propre nom; que ferait-il avec Google, Wikipédia ou MONDOBLOG?! Le chinois se contente d’ajouter cette option d’internet  juste pour rivaliser avec les autres grandes marques et fournir ensuite un navigateur qui laisse à désirer. Ils savent que beaucoup de burundais survivent bien sans.
  3. Un emplacement pour une carte mémoire. C’est à ce niveau que le chinois devient intéressant : il a senti le besoin du Burundais lambda qui, il y a peu, parcourait de longues distances avec son petit poste récepteur et/ou lecteur de cassettes qui fonctionnait grâce à des piles/batterie qu’il devait tout le temps changer/charger… bien qu’il se développe un marché sur le rechargement des batteries (car seule 2% des burundais ont accès à l’électricité). Aujourd’hui donc, le burundais lambda peut se passer de sa radio et écouter de la musique directement sur son téléphone partout où il va.
  4. Et il n’en a pas fini! Le Chinois dans son intention de séduire le Murundi n’a pas oublié la torche! Sur ce point, il a conquis les citadins comme les paysans! Les délestages dans la ville de Bujumbura ont poussé ses habitants à opter pour d’autres moyens d’éclairage. Les soirs, il y a des rues de la capitale qui brillent comme si des colonies de lucioles les avaient  envahies. Dans la campagne, depuis l’arrivée des belges, la torche a toujours été un bien de luxe mais, avec l’arrivée des produits chinois, la torche a été démocratisée.  Maintenant, nombreux téléphones chinois sont pourvus de cet outil précieux  pour la grande majorité des  burundais : la torche !
  5. Une radio pour ceux qui n’ont pas d’argent pour se procurer une carte mémoire ou pour acheter les nouvelles chansons dans des studios de partage de musique… ou encore pour les fans de la douce mais autoritaire voix de Madame Kiramvu.
  6. Un appareil photo et vidéo incorporés 12MP, mais c’est juste ce qui écrit… A y voir de près, c’est moins de 1MP.
  7. Le tout couronné par un prix hors concurrence car le Chinois connait la profondeur de la poche du Burundais lambda.

Ne dites jamais qu’il s’agit de téléphones piratés, le Burundais moyen qui ne connait rien à la piraterie vous trouvera débile! Comment, après tous les services que lui rend son téléphone, vous osez lui parler de piraterie?! C’est un « China Mobile » m’enfin, comme les petits revendeurs de téléphones volés aiment bien le dire ici à Buja! Ne vous étonnez pas si vous rencontrez un Nokia estampillé “Made in Finland” alors c’est un China mobile piraté, avec le même design qu’un vrai  mais facile à  reconnaître grâce à son français… approximatif.

Et last but not least, le hautparleur d’un Nokia ou d’un Samsung ne porte pas aussi loin que celui d’un China mobile! Dans les transports en commun, la portée du son d’un China mobile rivalise avec celle des haut-parleurs dans nos bus… au plaisir de ceux qui aiment bien laisser leurs téléphones sonner, non pas pour le plaisir de soi mais pour le plaisir de tous… Pour beaucoup, c’est important qu’on entende leurs goûts: un “sauvé” ou un “profane”…

Alain Amrah vit et étudie actuellement à Bujumbura. Retrouvez-le sur son blog: buja.mondoblog.org et sur Twitter: @AlainAmrah