Une femme…

Un samedi comme les autres, je marche à grand pas pour ne pas être en retard à l’église. Et voilà que de l’autre côté de la rue, je vois une vieille femme essayant tant bien que mal de pousser son Caddie remplit de provisions. Je traverse la rue en me dirigeant vers elle et lui propose de l’aider. Elle se méfie d’abord mais finit par céder sous le poids de mon insistance. Qu’il est lourd le caddie! Nous marchons en silence pendant un moment puis je finis par lui demander si elle n’avait pas quelqu’un d’autre pour l’aider à faire ses courses. Elle me sourit et continue à marcher. Quelques secondes plus tard, elle me demande si elle peut me raconter une histoire.

Elle commence : En 1953, j’ai perdu mes parents. A cette époque, j’étais belle, intelligente et pleine d’énergie. J’étais aussi mannequin pour une agence très réputée. Le patron de cette Agence était devenu un grand ami. Un jour, il m’a proposé de partager ma vie avec lui. Mais, j’avais des illusions de conquérir le monde. Je ne voulais pas me marier. Il avait une vie que je jugeais trop stable à mon goût. Mannequin que j’étais, je me voyais plutôt avec un homme au corps musclé, aux allures de Dieux grecs,…bref, un homme bien viril et bien portant niveau finances.

Il est dit souvent que l’amour vient au moment où on se l’attend le moins. Eh bien, il n’a pas attendu longtemps avant de frapper à ma porte car deux ans plus tard, je suis tombée sous le charme d’un chanteur. Il m’avait fait la cour. Ayant tout ce que je cherchais chez un homme, je lui ai dit ‘Oui’. Moi qui me vantais que j’avais vendu mon amour, je me trouvais sous le charme d’un homme, plutôt sous le charme de son empire et sa notoriété. Je me surprenais entrain de penser à lui. Cela m’effrayait parce que c’était nouveau pour moi. J’aie finis par m’y habituer. Il m’épousa peu de temps après les fiançailles. Peu après notre lune de miel à l’étranger, ce fut le début de dures et sombres moments de ma vie.

J’étais devenue ce que je haïssais le plus : sa bonniche. Il me laissait seule dans la maison et ne rentrait que très tard dans la nuit. Je restais de longues heures à l’attendre assise près de la cheminée sirotant mon thé. La plupart des fois, il rentrait soul, incapable de retirer ses chaussures ou même de changer de vêtements. Dès qu’il rentrait, je me précipitais de prendre son manteau qu’il me tendait de la main avançant en titubant sûrement sous l’effet de l’alcool. Une fois dans la chambre, il s’affaissait sur le lit. Quelques secondes plus tard, il commençait déjà à ronfler et ne se réveillait que le lendemain. On échangeait peu de mots à part les ‘Bonjours’, les ‘Au Revoir’ et les ‘je vais rentrer tard ce soir… un nouvel album à terminer’. Je passais des nuits blanches incapable de fermer l’œil la nuit. Je me creusais les méninges tentant de comprendre ce que j’avais fait pour mériter cela. Ce qui me donnait le plus de soupçons, ce sont les différents types de parfums qu’il sentait et les mèches de cheveux de blondes, rousses ou brunes que je retrouvais le matin sur ses vestes lorsque je faisais la lessive.

Une dépression commençait à prendre racine en moi. Petit à petit pour oublier, je me retrouvais à manger un peu de tout et à tout moment. Je prenais du poids rapidement en peu de temps. Mon Corps de rêve disparaissait du jour au lendemain. Mon rêve de jeune fille était d’avoir un enfant mais, mon mari n’en voulait pas. Il voulait plutôt s’éloigner de moi. Je me retrouvais avec un mariage dont j’avais toujours rêvé mais avec au fond une vie ratée.

Je pris la décision de divorcer. Après le divorce, je me retrouvais seule, désillusionnée et pire encore sans goût à la vie. Petit à petit, j’ai fini par reconstruire ma vie. Mais ça a été dur, très dur. J’ai reçu de l’aide de mon ancien patron. Je réalisais pour la première fois qu’il m’avait réellement aimé. Cependant, je ne pouvais rien changer… il était marié et était heureux dans son foyer.

La leçon, fiston, c’est que dans la vie il y a d’un côté ce que l’on veut, mais qui n’est pas bien pour nous et d’un autre côté il y a une vie faite juste pour nous. Il faut faire le bon choix. Le plus grand regret de ma vie est de ne pas avoir épousé l’homme qui m’aimait réellement (mon ancien patron). J’ai plutôt épousé ce con juste parce qu’il était beau, riche et chanteur. Je ne regardais que le superficiel. Mon mariage était plus un arrangement que le fruit d’un amour. J’ai oublié qu’ ‘en goûtant à beaucoup de saveurs on finit par perdre le goût’.

Perdu, je lui demande ce que le goût vient faire dans ce qu’elle venait de me raconter. Entre temps, on arrive chez elle. Elle me propose une tasse de café. Puis elle me montre ses photos conservées soigneusement dans un album photos. Une chose est sure, elle était belle dans sa jeunesse ! Elle m’explique qu’elle a épousé un homme qui avait eu beaucoup de conquêtes et qui ne la considérait que comme une pièce supplémentaire à sa collection. Une fois m’ayant conquis, il est vite retourné à son périple et j’en ai payé le prix fort.

Après ces mots remplis de sagesse, un silence lourd se propage dans le salon. Quelques minutes plus tard, je décide de briser le silence en faisant mes adieux. Certes, j’avais raté l’évangile ce jour -là mais, ça en valait la peine.

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