Par RM

“Le temps passe trop vite !”, phrase fétiche de beaucoup. Des fois, je me surprends à retracer l’évolution de la petite moi, depuis l’âge de mes 2-3 ans jusqu’à maintenant; Ou de regarder comment les personnes que j’ai toujours connues ont évolué. C’est clair que le temps passe ; Vite, je ne sais pas…. Mais il passe.

Je me rappelle, que quand j’étais plus jeune, on rassemblait, sous la supervision de madame ma mère, les habits qui ne nous allaient plus pour aller les donner aux enfants du camp des déplacés qui était à l’actuel Kinanira 3. Kinanira 3 est maintenant devenu un vrai quartier résidentiel. Maintenant j’y vais pour voir des amis, alors qu’avant j’y allais pour donner un peu d’espoir aux enfants déplacés.
Je me rappelle des vaches qui, en groupes, circulaient à la recherche des pâturages, dans mon quartier d’enfance. Des fois même, je voyais des vaches en plein centre ville. Toutes ces vaches rentraient dans des étables qui se trouvaient de l’autre côté de l’avenue du large. Mais, ça c’était avant, comme qui dirait. Actuellement, de l’autre côté de la même avenue, des buildings, villas, hôtels, etc. y ont poussés.
Je me rappelle aussi, qu’on nous avait appris à la maison de prier pour toute personne à mobilité réduite qu’on croise. C’est ainsi qu’en allant à l’école, entre ma sœur et moi, la première à voir une personne handicapée rappelé l’autre à l’ “ordre”, et des prières pour la guérison, l’encouragement montaient au ciel. Je me demande si ma sœur a gardé son cœur d’enfant (j’espère ooh !).

Je me rappelle qu’à quelques années de la fin de mes humanités générales j’ai rencontré des personnes qui m’ont donné envie d’avancer dans la vie. Je voulais devenir comme eux. C’étaient de jeunes cadres d’une certaine entreprise. Je vous épargne des détails mais, jusqu’à présent je rêve du moment où je pourrai m’offrir le luxe de partager un verre avec eux, histoire de leur raconter comment ils m’ont donné envie d’avancer. Alors que les discours décourageant, dévalorisant la jeunesse burundaise battaient le plein, mes héros à moi ont su, en toute humilité et dans la bonne humeur, montrer que voilà, y en a m*rre ! Qu’ils valent un peu quelque chose. Y a cette jeunesse burundaise, qui continue à m’émerveiller, vraiment, merci à eux ! J’espère qu’un jour je pourrai exprimer de vive voix, à tout ce beau monde, combien, leurs témoignages ont redonné vie à mes rêves. Grâce à eux, voilà que la probabilité de vivre ma vie tel que je l’ai toujours rêvé, ne cesse d’augmenter. Je vous en dirai des nouvelles, si Dieu me prête le goût à l’écriture.

Les bons souvenirs, me donnent envie d’avancer. Avancer pour soit vivre d’autres expériences enrichissantes, ou les faire vivre aux autres. D’où l’importance de bien vivre le présent pour en faire de bons souvenirs. Bref !

Le temps passe, les choses changent, des enfants naissent, il y a des personnes qui donnent aux autres l’envie d’avancer, etc. Et moi, pendant tout ce temps, je vis (pour ne pas dire, que je me pose des questions).

Ma dernière interrogation a été assouvie par une rencontre très enrichissante faite à Bujumbura au mois d’Août. En fait, depuis longtemps, je me disais que si j’ai les moyens, et avec la bénédiction de vous savez Qui, j’allais faire plus de 5 enfants (j’ai eu peur de dire que j’en voulais 10). Mais, en grandissant je me demandais comment est-ce que j’allais gérer mes enfants (les caprices de 10 enfants, c’est quelque chose).
Sans le savoir, j’ai revu à la baisse ce nombre, jusqu’à * (nawe ntu, ntavyo mvugira aha). J’étais très inquiète, avant de rencontrer cette personne. Je me disais que je devenais de plus en plus égoïste et mauvaise en revoyant à la baisse le nombre de mes potentiels enfants. Je pense que c’est lié au fait que j’ai grandi en voyant que mes parents étaient issus de familles nombreuses. J’ai peur de changer, du fait qu’ils nous disent souvent que “c’était mieux avant”.
Le monsieur que j’ai rencontré, m’a montré noir sur blanc que, dans le contexte actuel du Burundi, “faire beaucoup d’enfants = les appauvrir”. Ce que le bon sens avait essayé de me dicter avec le temps, quelques slides ont suffi pour me convaincre.

Monsieur m’a aussi montré que, pour que les femmes fassent moins d’enfants, il faudrait qu’elles soient instruites. Et que, instruire les filles permet de réduire les discriminations entre les hommes et les femmes. Vous ne m’avez pas vu venir, je parie !

Entendons nous bien ! Je suis pour l’émancipation de la femme. Mais dans émancipation, j’inclus, le fait que la femme n’est pas un homme. Et vice-versa. Pour moi, si on me parle d’émancipation de la femme, je vois directement : envoyer les filles à l’école, leur faciliter la vie pour qu’elles puissent profiter de leur enfance et apprendre tranquillement leurs cours sans trop de pression.
Ou du moins, si pression au sein de la famille il y a, qu’elle soit supportée de la même façon par les filles et les garçons. Que les enfants puissent s’entraider à faire les tâches qu’il y a à faire à la maison, puis après que le garçon aille taper dans son ballon, et la fille aille jouer à la poupée (excusez moi du topo, c’est pour aller vite).
Ensuite, qu’à compétences égales et rendement égal, hommes et femmes aient le même salaire. Que les employeurs ne les discriminent pas parce que ce sont de potentielles futures mamans, etc.
Et que, même si une femme est “fragile” elle n’est pas moins humaine. J’espère qu’on se comprend.

Ceci expliquant cela, j’ai envie de dire qu’une femme instruite est instruite. Ne lui demandez plus de s’empêcher de réfléchir. Gardez à l’esprit qu’elle peut, plus facilement que ses aînées, satisfaire ses besoins fondamentaux. On est d’accord ou pas ? D’où le fait qu’en couple elle supporte, moins que ses aînées, certaines choses. Ce qui fait, que, à mon avis, les compromis devraient de plus en plus s’installer au sein des couples, pour que tout se passe bien.

C’est un rapide clin d’œil que je fais à vous, chers lecteurs. Le temps passe, les choses changent, beaucoup de choses…Je suis de ceux qui n’aiment pas le changement, mais j’essaie de faire des efforts, parce que la réalité (moi à 2 ans, moi aujourd’hui) est tellement criante que j’ose sortir de mon confort pour prêter attention à ce que les choses sont devenues.

Essayons de vivre notre époque (choisissons consciemment nos modèles, n’idéalisons pas facilement nos parents) au risque de la subir, comme on dit.

... ou plutôt, n'oublions pas de changer d'époque ...

… ou plutôt, n’oublions pas de changer d’époque …

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