Par Karl-Chris Nsabiyumva
Photo par Arnaud Gwaga Mugisha

Hier soir je me suis couché un peu irrité après avoir lu quelques commentaires postés sur l’article Prise d’otages au Westgate Mall : l’incroyable témoignage d’un rescapé burundais, publié sur le site du journal Iwacu. Je me suis dit qu’il fallait que je dise ‘quelque chose’ pour dénoncer ces mauvaises langues qui n’ont jamais rien de bon à dire, même quand il s’agit d’une âme (encore moins quand l’âme en question est burundaise) qui a échappée à la mort. Le plus agaçant est que ces ignorants – qui confondent liberté d’expression avec liberté de passer pour un c*n – se perdent dans leur haine et commencent à avancer des histoires qui n’ont rien à avoir avec le sujet en question ; des histoires d’ethnie, de régionalisme, à demander des “preuves” pour justifier je ne sais quoi… like, who are you even ?! SMH

Mais bon, comme on dit, “la nuit porte conseil”. Je me suis rappelé que le Burundi n’est pas le seul concerné par ces démonstrations d’ignorance en ligne. On retrouve ce genre de commentaires un peu partout sur Internet. C’est un mal international et, ce n’est pas moi qui vais le guérir. D’autant plus que, ces détracteurs sont souvent trop lâches pour oser sortir de leurs cachettes virtuelles afin d’exprimer et assumer ce qu’ils pensent « publiquement ». Ne dit-on pas que “les chiens aboient et la caravane passe” ? Continuons notre route ! Ariko rero ; hm, reka ndabatere inkuru…

… Il y’a quelques jours j’ai découvert (vraiment par accident) qu’un collègue parlait de moi et d’autres collègues derrière notre dos. Mama ngo hariho ama “avantages” turonka abandi badafise kubera turi abatutsi… I was like ?!!?

Bon, en toute honnêteté, ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de bêtises, depuis le temps que je bosse ici. Je me suis habitué au fait que, malgré leur éducation et leur ubushingantahe/ubugabo/ubupfasoni, certaines personnes dans ce pays sont réticents quant à l’usage de la logique qu’on nous enseigne dès le bas âge ; ou ne la leur a-t-on pas apprise ? Et ici je parle des Tutsi, des Batwa, des Baganwa (et tout ce que vous voulez), autant que des Hutu…

… Une logique qui consiste à comprendre qu’on envoie une personne en mission de travail parce qu’elle est qualifiée pour une tâche bien précise, parce qu’elle saura mieux représenter les intérêts du patron et non pas parce que le chef la préfère. Bon, je ne suis pas naïf non plus ; je sais que ça ne se passe pas toujours ainsi. Cherchons donc un autre exemple pour mieux illustrer la logique dont je parle et qui manque à certains… Voilà : une logique qui permet de comprendre qu’une personne qui a plus de ressources que soi a beaucoup plus de chances de réussir dans la vie…

Ainsi, au lieu de se forger des raisons bidons pour justifier pourquoi un tel (et pas moi) participe toujours à certaines réunions anglophones, je me rendrais plutôt compte que c’est parce qu’il s’exprime beaucoup mieux dans la langue de Shakespeare que moi, et par conséquent, je me ferais inscrire à des cours d’anglais pour me mettre à niveau. La même logique me ferait comprendre que si une telle a eu un tel boulot (et pas moi) c’est parce qu’elle était plus qualifiée et non pas parce qu’elle a couché avec le chef… Bon peut-être qu’elle couche avec le chef ; mais si j’avais voulu le boulot autant que ça, je n’avais qu’à coucher avec le chef moi aussi… Hah !

Bon, ce que je veux dire dans tout ça, c’est que les mauvais perdants sont nuls ! Ça ne sert à rien de détruire quelqu’un (même si on pense avoir de bonnes raisons pour le faire), si ça ne nous avance en rien. Vaut mieux accepter sa défaite et se retirer pour mieux préparer la nouvelle bataille ; non ? Bref, je dis ça je dis rien…

Ce qui est arrivé au Kenya m’a poussé à me demander comment les Burundais réagiraient face à une situation pareille – que Dieu nous en garde ! Nous sentirions nous responsables de venir en aide aux victimes en nous présentant comme bénévoles aux services de secours, en donnant du sang, en cotisant de l’argent (plus de 200.000$ ont été cotisés volontairement en pas plus de 3 jours), ou en fournissant gratuitement des boissons et de la nourriture aux volontaires, comme l’ont fait les Kenyans ?

S’il y a une société divisée par des différends ethniques ou tribaux dans la région de l’Afrique de l’Est, c’est bel et bien la société kenyane. Mais quand la tragédie du Westgate leur est arrivée, ils ont su mettre leurs différends de côté pour écouter la petite voix qui, du fond de leurs cœurs leur a rappelé qu’ils sont bene umugabo umwe.

Serions-nous capables de nous laisser guider par le même esprit d’unité face à une éventuelle attaque terroriste, canke twoca twigira ba sindabibazwa, surtout si l’attaque est contre un lieu huppé et réservé aux plus riches d’entre nous (comme le centre commercial Westgate) ? Serions-nous capables de donner d’un peu de notre temps, de notre énergie, de notre argent et de notre sang, en sachant qu’ils pourraient être utilisés pour aider des personnes qui ne sont pas de nos familles, de nos ethnies, de nos collines ou même de notre pays ? Pourrions-nous aider ces patrons que nous n’aimons pas ou ces personnes qui se sont enrichis sur nos dos ? Serions-nous vraiment capables de compassion, ne fut-ce que pour un court moment, le temps que la situation revienne à la normale ? Ou nos cœurs sont-ils aussi vides que ceux de ces terroristes qui n’hésitent pas à s’en prendre aux innocents ? Hm, question(s) to ponder

Mbaye ndageza aha ; murakoze !

Karl-Chris vit et travaille actuellement à Bujumbura. Visitez son blog: misterburundi.wordpress.com et suivez le sur Twitter: Mr_Burundi