Par Robert Gakunzi
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Je ne suis normalement pas du genre à critiquer ou raconter des mauvaises nouvelles, mais disons que, depuis quelques temps, je commence à comprendre nos journalistes qu’on accuse toujours d’incapacité de raconter de bonnes nouvelles alors qu’il y’en a tant… Bref, passons à ma petite histoire.

Donc voilà ; pendant le weekend dernier je passais une petite soirée tranquille avec une amie dans un petit coin de la ville de Bujumbura. Bon, j’aurais aimé garder le lieu secret, mais vu qu’il devient populaire (il me semble), et le petit incident qui s’y est déroulé (qui m’a cassé tout envie d’y retourner), autant vous l’indiquer. Il est situé juste au-dessus (genre, haruguru) du Mausolée du Prince Louis Rwagasore. C’est le petit parking aménagé ou d’ailleurs passent la nuit un beau nombre de véhicules de transport en commun. La vue de Bujumbura by night y est magique, et c’est un bon petit coin pour méditer et discuter tranquillement. Je me disais d’ailleurs l’autre jour que ce lieux (et le petit parc qui se trouve juste hepfo yaho) devrait être répertorié comme site touristique de Bujumbura, mais ça c’était avant le petit événement que je vais vous raconter.

Il est 21 heures, et nous songeons déjà à rentrer – je crois aussi que nous sommes le dernier véhicule sur les lieux – quand soudain j’aperçois un soldat – kalachnikov à l’épaule, les mains dans les poches et une expression peu sympathique au visage – se tenir à côté de moi (j’étais au volant de la voiture, et lui était dehors) en train de nous “observer”.

Moi : Eh, bite ? N’amahoro ?
Soldat : Aha niho muraza imodoka ?
Moi : Umh, oyaha.
Soldat : None mwaje gukor’iki ?
Moi : twaje kuraba igisagara. Ntubona ko hasa neza ? (en montrant la vue)
Soldat : Ubu ni sangapi ?
Moi (en regardant la montre) : Euh, satatu – Eh burije nani ! (genre, je n’avais pas vu le temps passer)
Soldat : Aha ni hehe ?! Zana karangamuntu n’impapuro z’imodoka !
Moi (dans la tête : WTF ?! Mais bon, restons calme !) : Euh, kuri Chaussée Prince Louis Rwagasore.
Je lui donne ma carte d’identité qu’il examine longuement (je crois qu’il a mémorisé tout ce qui y est écrit)
Moi (avec une voix remplie d’innocence et d’humilité) : none ni bibi kuza ngaha ?
Soldat (en me rendant ma carte) : nimugende rero ! Ntibabikunda !
A ce moment, j’ai envie de lui demander “ba” ni bande, et ce que font la vingtaine de bus jaunes et blancs garés à quelques mètres de nous ; mais je me dis (en le regardant s’en aller) : you know what, let’s just leave this. Thank God ko biheze neza. Nta kamaro ko kwimena umutwe.

En rentrant mon amie m’avoue qu’elle a peur des forces de l’ordre de ce pays ; un sentiment que je partage. Ces gens sont censés nous protéger mais ils nous font peur ; est-ce normal ? Ou peut-être que cette peur est censée nous rassurer qu’ils font bien leur travail ? Je ndazi ! Etait-ce difficile pour les gars de marcher jusqu’à nous (instead of sneaking up) nous demander si tout allait bien et nous conseiller – courtoisement – que ce n’était pas une bonne idée d’être là à cette heure de la nuit (si c’est vraiment fondé, puisque Kiriri est censé être le quartier le plus sûr de la ville) ? Nous ne sommes pas tous des criminels m’enfin ! Qui a dit à ces gens que faire peur égal plus de chances de dénicher les fautifs ? Où sont d’ailleurs passés ces fonds qu’une certaine ambassade européenne avait fait don pour la formation des forces de l’ordre en “service à la clientèle” ? Les formations ont-elles eu lieu ?

Suis-je le seul à me sentir pas très en sécurité par ici ? Est-ce normal que nos forces de l’ordre soient souvent synonymes de manque de professionnalisme, de maladresse, de corruption, d’uniformes sales, sans parler des problèmes avec la boisson ? Qui a déjà entendu la blague sur la raison pour laquelle les alcotests n’ont pas marché au Burundi ? Rien ne me dégoûte plus que quand un policier commence à me raconter “sa soif” quand je traverse le pont pour rentrer chez moi chaque soir. Like am I your mother ? (Bien-sûr, je ne le dis jamais. Au contraire je souris et on papote à propos de la vie qui devient dure ; courtoisie et patience à la Burundaise exigent). Et quel est le but de ces arrêts au faite, puisqu’on ne me contrôle jamais ? Pff…

L’autre jour je passais par l’aéroport de Bujumbura en me rendant au Kenya. Je voulus envoyer une carte de sortie à mon frère (qui devait aussi voyager, plus tard dans la journée) afin qu’il la complète à l’avance et arrive à l’aéroport prêt-à-partir en quelque sorte. Un policier m’arrêta en prétextant qu’il est interdit de sortir les cartes des enceintes de l’aéroport. Je voulus lui demander, Are you stupid ?! Ubwo urazi ko aya ma karata ahari ku mipaka yose, kandi ko, atar’uko nasamaye la fois passé nama ngenda ntwaye nyinshi (à l’entrée et la sortie) ku buryo nshika kuri aéroport nazujuje ?! Je lui expliquai que je l’avais déjà fait avant (je ne pus m’empêcher) et que je voulais faciliter la tâche de mon frère qui allait voyager seul pour la première fois. Pour me laisser passer, il me demanda – très ouvertement – “quelque chose” que je lui promis ; et pour me prouver sa “bonne volonté” (et grâce à ma “bonne coopération”) il me laissa envoyer deux cartes à mon frère – genre, s’il se trompe en complétant la première, il aura la deuxième… Pff… Mxiu ! God help us !

Bon, je m’arrête ici avant que je ne dise quelque chose qui me compromettrait ou compromettrait quelqu’un d’autre… si le mal n’est pas déjà fait.

Robert vit et travaille actuellement à Bujumbura