Par RM

Ceux qui visitent mon blog ont certainement lu l’article “Kigali n’est plus une ville africaine”.

En commentant cet article qui m’avait été envoyé par une personne qui l’avait trouvé intéressant et riche d’inspirations, j’ai dit que, personnellement, je l’aurai appelé “Kigali, la ville qui a tout compris”. Le pays jumeau du Burundi a compris beaucoup de choses. Ceci lui a permis de changer son visage. Plus d’un me diront que j’exagère…, que  le Burundi a aussi changé de visage. J’en conviens, mais…, j’aurai aimé le trouver dans un état autre que celui que j’ai vu un certain soir. J’aimerai qu’il continu sa métamorphose avec un peu moins de :

… désordre

En rentrant du  jardin de la place de l’indépendance, je suis passée par la rue qui sépare l’ “ex” marché central de Bujumbura  et la Poste. Une question a essayé de me barrer la route, parce que se dressant devant moi comme un mur à chaque fois que je faisais un pas pour rejoindre le terminus des bus allant vers les quartiers du sud de Bujumbura : “Comment est-ce que ?”. Comment est-ce que un tel désordre a pu s’installer? N’y avait-il pas moyen de le minimiser? Et quelle peut être ma contribution pour que mes interrogations puissent s’effacer? Difficile de me répondre pour l’instant!

Avec le temps, certaines personnes apprennent à être tolérantes, et à s’ouvrir  aux autres. Ainsi par exemple, je juge beaucoup moins qu’avant. Certains vous diront que je suis devenue moins coincée,  mais que j’ai encore du chemin à faire *clein d’œil*. Je ne cherche pas à tendre vers le laxisme, mais je cherche à m’éloigner de la vision unique, je suis de plus en plus consciente que j’ai beaucoup à apprendre des grands et des moins grands. Et à force de causer avec les adultes, je m’inspire sans le savoir de leur sagesse qui des fois, me laisse perplexe dans certaines situations.

Même si aujourd’hui j’accepte que certaines choses relèvent de l’art alors qu’avant je les considérais comme étant du n’importe quoi ; il y a certains faits que je refuse toujours d’insérer dans ce cercle qui regroupe artistes et productions artistiques (= les gens dont je n’arrive pas à saisir le comportement, les choses qui me dépassent mais qui ne sont pas nuisibles à la société).

Ce que j’ai vu en ville  un certain soir en rentrant chez moi, était-ce de l’art ? Etait –ce une représentation théâtrale en plein aire dont le sujet était proche des mots comme “désordre”?

J’étais un peu perdue dans ce décor. Comme aiment le dire certaines personnes pour mettre fin à une relation compliquée “ce n’est pas toi, c’est moi”. Ce soir là, pour couper court à mon cauchemar,  je me suis dit que c’est peut-être moi. Depuis, j’ai dormi. En me réveillant les “?” s’étaient alignés de plus belle dans mon esprit : est-ce moi ? Est-ce de l’art ? Est-ce les autres ? Les autres… oui mais, qui ? Pourquoi ? Jusque quand?

Et qu’est-ce que moi, toi, lui…devrions-nous faire ?

Inspiration et le sens de l’honneur aidant, conjuguons nos efforts pour reconstruire un nouveau marché central de Bujumbura digne des burundais. Qui se charge de transmettre le message ?

…  maladresse

Il y a quelques jours encore, j’ai été “obligée” de me glisser dans un cercle de nouvelles personnes. Avant même de me demander mon prénom… ces dernières ont sorti la fameuse question “uyo mwana ni uwo kwa nde ga  yemwe?”. Les hostilités venaient de commencer. De braves dames et messiers se passaient la parole : “ubwo nturi uwo kwa Leokadia?”, “oya jewe mbona asa n’uwo kwa Leonidas, muravukana ?”, etc. J’ai arboré un large sourire (pas que j’étais amusée, mais comme ils avaient l’air de l’être, je n’ai pas voulu paraître désagréable) en disant que je suis la sœur de Léocadie… Au fond, j’avais envie de leur dire que voilà, je m’appelle R, et que normalement ils auraient dû commencer par me demander mon prénom.

Je suis consciente que la majorité de nos parents posent cette question pour savoir si  les parents de x ne sont pas leurs anciens camarades ou  amis dont ils auraient perdu la trace. Je sais aussi, que des fois, pour mieux connaître une personne il faut s’intéresser à ses racines. Cependant, je trouve maladroit le fait de demander directement à la personne concernée, avant de s’intéresser à un minimum à elle (prénom, profession, etc.), le nom de ses parents.

Il y a tout de même  moyen de faire preuve de retenue ou de patience, en demandant à d’autres personnes ces informations indiscrètes dont on brûle d’envie de connaître. Aussi, il y a moyen de créer une atmosphère de confiance permettant à l’autre de dévoiler ses “origines”, ses racines, son histoire, etc.  Le genre de choses qu’on n’a pas forcément envie (à tort ou à raison) de raconter au premier venu.

Après qu’on m’eut attaqué avec cette question, une touche de contrariété m’a rendu triste et seule. Les fameux “?” se sont réalignés. Ils n’arrêtaient pas de tourner en rond au dessus de ma tête. Ma conscience elle, se posait l’éternelle question : est-ce moi ou ce sont les autres ? Est-ce un art burundais d’accueillir une nouvelle personne qu’on aimerait mettre à l’aise ?

… d’ignorance

C’est ainsi que j’ai demandé à un ami ce qu’il en pensait. Il paraît que ce genre d’accueil nous vient de la culture burundaise, où les origines et la famille sont plus importantes que tout le reste. Mais est-ce vraiment culturel ? Ou il s’agit de cette habitude que certains burundais ont, de tout relier  à la culture pour se dédouaner de leurs failles ?

Est-ce que la curiosité stérile qu’est de vouloir être au courant des choses “futiles” [excusez des mots pas doux que j’utilise], de raconter des choses sans intérêts (parfois fausses)  nous vient de notre culture ? Certains me diront que ça vient de la tradition orale qu’a connue notre société à une époque. Sommes-nous d’accord que cette tradition a fait son temps ?

Cela me rappelle l’état dans lequel j’étais quand j’ai appris que la nuit, il y a une brigade des mœurs (vous m’excuserez de l’appellation peut être fausse)  à Bujumbura (seulement?) qui arrête les filles qui portent des tenues un peu ou trop (ça dépend du policier) “indécentes”. Ou des amoureux qui se rapprochent d’une façon suspecte en pleine rue (la distance entre les tourtereaux dépend ici aussi de l’appréciation du policier auquel on a à faire).

Ma première question était toute simple : y a-t-il un document qui retrace les mœurs (accoutrement, comportement) à adopter la nuit pour ne pas être arrêté ? Si ce document existe, a – t – on fait passer le message ? Parce que, honnêtement parlant, il y a une très grande probabilité qu’une femme porte certains types de vêtements la nuit, et que les amoureux se tiennent par la main ou l’épaule en allant se promener ou prendre un verre dans un bar la nuit.

Je ne prône pas la débauche, loin delà. Mais encore une fois, pour être sûr qu’on a la même compréhension de “mauvaises mœurs” cette brigade devrait se rassurer si il existe un code de conduite ; et dans ce cas elle pourrait punir les contrevenants à ce code, car il semble que “nul n’est sensé ignorer la loi” même s’il est difficile à tout citoyen d’accéder à toutes les lois qui régissent la vie d’un pays et ses habitants. Les juristes voudront bien m’excuser si j’ai mal interpréter ces principe.

Je sais que la maladresse dans les relations, le désordre (ne fût ce que dans nos pensées) peuvent arriver à n’importe qui. Mais essayons de respecter quelques bases élémentaires. Courtoisie, diplomatie, sacralisation des voies publiques, bonne communication. C’est en essayant qu’on y arrivera… Je crois.

Vancancièreusement,

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