Par Jean-Claude Bizoza
Photo par Teddy Mazina

Donc après avoir discuté avec KRis au sujet de ses publications sur les diplômes et autres hautes qualifications qui sont de plus en plus requis par les recruteurs au Burundi (et dans les pays sous-développés en général), et lu l’éditorial de Kaburahe sur la valeur du métier d’instituteur, je me suis persuadé d’émettre publiquement mon opinion sur l’éducation au Burundi.

J’avoue que je ne suis pas très emballé par l’exercice, de peur de passer pour un donneur de leçons… Mais bon… Bienvenue dans ma tête ! Si vous vous perdez, ne vous inquiétez pas, c’est normal!

AINSI DONC, LE DIPLOME…

Du temps de nos grands-parents, peu de gens avaient accès à l’école et ainsi un niveau Humanités suffisait pour occuper des postes qui sont prestigieux aujourd’hui. Le niveau Candidature (Bac +2) est ensuite devenu la norme ; et puis quand nos parents terminaient leurs études, la Licence était le graal de l’emploi, une garantie pour l’avenir.

Depuis la nuit des temps donc, les diplômes sont des critères de sélection ; et ce dans tous les pays du monde. De plus, tous ces diplômes gageaient un certain niveau, et il était extrêmement dur de passer d’un palier au suivant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Nous sommes plusieurs à penser et dire que le Concours national – et tous les autres d’ailleurs – ne sont plus que des passoires qui n’ont de concours que le nom, et dont le sens est plus que jamais obsolète! On peut très bien avoir obtenu 195 au Concours National, 82% au Test de 10ème et 76% à l’EXETAT, et avoir officiellement le même niveau (diplôme) que celui qui a obtenu 67, 50% et 45% respectivement aux mêmes tests, les mêmes années, grâce, ou plutôt à cause des collèges communaux et à la cooptation, qui, selon moi, n’est autre qu’une course effrénée vers la hausse du taux de réussite au détriment de la hausse du réel niveau intellectuel des élèves. Au passage, je vous demanderai de m’expliquer la différence entre ces collèges et les autres lycées, étant donné que c’est le même programme qui y est dispensé. Nous savons tous que l’Université dépasse largement chaque année ses capacités d’accueil et pourtant, plutôt que faire une sélection au tamis, on privilégie la passoire…

Je comprends donc totalement un recruteur qui, pour être à peu près sûr d’avoir quelqu’un à la hauteur, est obligé de niveler vers le palier suivant dans la sélection des candidats. Entendez-moi bien, je ne dis pas que les détenteurs de Licence ne valent rien, mais plutôt que si tout le monde ou presque possède CE type de licence, il faut bien un mécanisme de tri.

A l’école comme en tout dans la vie, le principe est simple: beaucoup d’appelés, peu d’élus! Et les ‘non-élus’ peuvent autant qu’ils veulent tenter de nouveau leur chance car NON, redoubler une classe n’est pas un drame et repasser un concours n’a rien de honteux! Ou bien ils peuvent s’essayer à autre chose car OUI nous avons besoin de talents qui se passionnent dans des arts et métiers, et dont on valorise le savoir-faire par des diplômes !

Par ailleurs il est grand temps d’abolir cette idée comme quoi avoir un diplôme universitaire est un droit, et ne pas en avoir un est une fatalité. Le pire c’est que tout le système éducatif est bâti de telle sorte que cette idée se répande. C’est vrai que le problème a été longtemps exacerbé par des politiques qui ont discriminé des régions et/ou des ethnies dans la fameuse « sélection », et on se retrouve aujourd’hui avec une société qui a complètement perdu des valeurs essentielles (le mérite, la persévérance…) et qui confond droit à l’éducation et droit au diplôme. Problème.

Les collèges communaux doivent être des alternatives et ne peuvent en aucun cas déboucher sur le même diplôme des Humanités Générales ; ne fut-ce que par simple souci de cohérence ! En revanche ils pourraient bien être des lycées professionnels qui formeraient pour des métiers jusqu’alors sous-estimés mais tout autant nécessaires (techniciens électroniciens, électriciens, jardiniers, boulangers-pâtissiers, techniciens agricoles, maçons, plombiers, dessinateurs/sculpteurs, mécaniciens, cuisiniers, commerçants, couturiers et j’en passe) : une façon de promouvoir la diversité des horizons et rendre effectif l’adage qui dit qu’il n’y a pas de sot métier !

…ET L’ENSEIGNANT DANS TOUT ÇA ?

L’autre chose que je trouve assez problématique, c’est la place de l’enseignant au Burundi. Nous avons d’excellents professeurs d’Université et la sous-région nous les envie… mais leur mission au Burundi est de plus en plus compliquée : Ils reçoivent des étudiants formés par des enseignants de moins en moins qualifiés. Quelqu’un aurait-t-il compris pourquoi les étudiants orientés à l’ENS – donc les enseignants du Burundi de demain – sont ceux qui ont les plus mauvaises notes à l’Examen d’Etat, donc les pires éléments de la promo de chaque année ?! Vous êtes sûrs qu’il n’y a rien qui cloche?! Est-ce compliqué de s’imaginer les répercussions après 20-30 ans?!

Le statut d’enseignant mérite beaucoup plus que ça, voyons! Ce métier doit être revalorisé et être aussi attractif que médecin et magistrat ! Il en va de la qualité des futures forces vives de la Nation ! Mais bon, quantité ou qualité, le système actuel semble avoir fait son choix. Je ne veux pas dire que les deux sont pas incompatibles mais à mon avis, priorité à la qualité.

Quantité ou qualité, telle est la question. Chacun doit prendre position. Je vous laisse prendre la vôtre, et si vous pensez que j’ai tort, avec tout ce qui se passe dans ma petite tête, je ne serai pas surpris ou choqué. Je ne demande qu’à être convaincu, c’est tout!

Tugire Amahoro !

Jean-Claude vit et étudie en France